28.12.2011
Réseaux de soins intégrés « Managed Care ».
Réseaux de soins intégrés « Managed Care ».
Si la terminologie anglophone est largement utilisée pour parler de l'évolution proposée de la Lamal, c'est bien par le nom de réseaux de soins intégrés que les nouveaux textes y font référence comme à une nouvelle forme possible de couverture d'assurance, par laquelle l'assuré convient avec l'assureur de se fournir en prestations uniquement auprès du réseau convenu.
La forme réelle et la structure fonctionnelle de cette organisation, dans laquelle certains prétendent trouver la solution d'une maîtrise des coûts de santé, ne sont cependant pas d'une limpidité parfaite car la loi définit seulement un groupe de fournisseurs de prestations dans le but de coordonner la couverture de soins médicaux.
En édictant que dans un tel réseau, le processus thérapeutique des assurés est conduit tout au long de la chaîne, le législateur montre une ambition de dimension puisque le réseau de soins intégrés doit garantir l'accès à toutes les prestations de l'assurance obligatoire des soins, ce qui implique les services infirmiers, d'analyses et de diagnostics ainsi que la physiothérapie dans l'ensemble des applications.
Il n'est manifestement pas cherché ici le groupements de praticiens de la médecine en cabinets collectifs mais bien des institutions hospitalières de pratique ambulatoire, nonobstant la pratique inflationniste connue de certaines permanences qui, pour mieux amortir leurs investissements, savent multiplier les actes diagnostiques tandis qu'ils optimisent leur facturation en saupoudrant les vacations.
Parce que la structure faîtière des caisses maladie est constamment en confrontation avec de telles entreprises, c'est bien ailleurs que dans la construction de telles organisations sanitaires qu'il faut trouver les améliorations économiques attendues, par exemple dans les assureurs concluent avec le réseau de soins intégrés un contrat qui règle notamment la collaboration, l'échange de données, la garantie de la qualité et la rémunération des prestations.
Il s'agit bien ici de réaliser un lien direct entre les caisses maladie, qui payent les soins, et les fournisseurs qui les pratiquent ; mais les uns comme les autres sont ici juge et partie lorsqu'il est question de la qualité des soins, laquelle pourrait bien devenir rapidement l'oubliette des attentes, l'impasse où se retrouvent les désidératas et même le cimetière des espoirs et de la confiance des patients.
Tout est en effet mis en place pour comprimer ces derniers, non seulement en les contraignant à se lier durablement à une seule identité prestataire qu'ils en soient ou non satisfaits, mais encore par l'immolation définitive du secret médical puisque l'échange de données est réglé par le contrat direct entre la caisse et le réseau ; on jette donc aux orties la relation privilégiée entre le praticien et le receveur de soins, qui n'est plus qu'un consommateur ordinaire, auquel on pourra faire la leçon constamment sur ce qu'on appellera « gaspillage » sans doute.
C'est le prestataire de soin qui devient ici gendarme puisque les assureurs peuvent fixer par contrat avec les fournisseurs de prestations regroupés dans des réseaux de soins intégrés...que les tâches et les compétences des médecins-conseils leur sont confiées. C'est l'institution pure et simple d'une relation directe et prioritaire entre le réseau et l'assureur au détriment de l'assuré patient, mais c'est aussi l'attribution du pouvoir au réseau au détriment de toute médiation.
L'augmentation prévue de cinq pour cent supplémentaires de la quote-part à charge de l'assuré qui garde son libre choix n'est pas le principal argument pécuniaire incitatif et il faut s'attendre, si cette évolution est maintenue, à une forte croissance des primes de cette catégorie d'assurés. Cependant le montant maximal de la quote-part, actuellement de sept cents francs par année, passerait à mille francs pour les assurés en libre choix mais à cinq cents seulement pour les assurés en réseau, ce qui ne pénalise qu'une catégorie : les malades chroniques.
Un axe d'amélioration important et fréquemment souligné reste cependant totalement oublié par ce changement et ce n'est certainement pas sans lien avec les pressions exercées par les assureurs : aucun mot du nouveau texte de la Lamal n'évoque, ne vise ni n'obtient d'amélioration de l'opacité qui règne dans la gestion des caisses, dont le pouvoir se renforce sur la gestion des soins sans aucune contrepartie, en préservant le véritable pouvoir discrétionnaire de leur gestion financière interne.
En quelque sorte, on se garde bien de toucher à la structure des caisses parce qu'elle est trop bien défendue, on feint d'ignorer non seulement le potentiel d'amélioration mais aussi la nécessité d'une vision démocratique de cette assurance sociale, qui garde ses secrets pécuniaires, sinon ses trésors de guerre voire sa distribution des profits sous le couvert de politiques salariales.
Deux directions essentielles d'économies potentielles sont complètement négligées par le cheminement actuel de la politique de santé de la confédération : la rationalisation du fonctionnement des caisses, dont fait partie le système de gestion de la distribution des médicaments, et les marges sur les médicaments car on évoque quelque peu la marge des pharmaciens, mais en restant toujours largement à l'écart de l'examen des coûts réels, sauf en ce qui concerne les génériques dont la généralisation n'est pourtant pas faite.
Plus qu'aucun autre domaine du fonctionnement de nos sociétés, celui des assurances sociales et plus spécifiquement des soins démontre la force des groupes de pression, qu'ils soient fondés sur la fortune (industrie pharmaceutique), sur le flux financier (caisses maladie) ou sur la corporation (médecins).
Mais le plus important reste ici défaillant par insuffisance d'information et de compréhension, par manque de conducteurs déterminants aussi, car les assurés ne sont toujours pas représentés de manière significative auprès du parlement comme dans le pays, alors même que la puissance des électeurs devrait ici se manifester puisque chacun est un assuré.
Même s'il existe des visions différentes entre les partisans de la caisse unique, ceux de la libéralisation des médicaments ou des soins, les minimalistes qui préféreraient réduire la prise en charge pour diminuer les primes ou les maximalistes toujours mécontents de ce qui n'est pas couvert, l'absence de toute structure représentative des assurés reste une chose particulièrement insolite dans un pays dont la culture démocratique est aussi installée : c'est vraiment une niche dans laquelle le citoyen ne prend pas sa place.
13:58 Publié dans Organisation sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : assurance maladie, santé, managed care, lobbying, assurances sociales, caisses maladie
27.12.2011
Arithmétique municipale ?!
Arithmétique municipale ?!
Depuis des lustres, le stationnement est une difficulté aigüe en ville de Genève, et fait l'objet d'engagements politiques divers et de recettes d'amendes d'ordre répétées portées aux budgets de l'état ; à la manière d'un serpent de mer, le sujet alimente les critiques les plus contradictoires et les suggestions les plus étranges.
Les travaux d'aménagement des espaces publics de la ville diminuent ou éliminent de plus constamment les places de parcage pour les véhicules automobiles dans tous les quartiers, avec une détermination de réservation aux piétons et aux activités diverses de l'espace au sol.
La création du parc des Chaumettes situé en face de l'hôpital a, par exemple, signifié la disparition de près de quatre-vingts places en surface, sans qu'aucune compensation n'en soit faite malgré le manque connu de ce quartier, où le parc Lombard même est souvent saturé.
Aux Eaux-Vives où l'état de carence est plus vif encore, les projets annoncés devraient aussi réduire de près du quart le nombre de places disponibles, dans les rues destinées à se muer en « résidentielles » ou « Piétonnes ».
Parce qu'il existe une certaine pression électorale des usagers de la voie publique, automobilistes ou commerçants pour lesquels l'accès de la clientèle et des livraisons a un intérêt déterminant sinon vital, la cause n'a pas manqué d'être évoquée avant les élections par plusieurs candidats, dont le programme faisait mention du « compromis de Zurich » consistant à remplacer chaque place supprimée en surface par une place nouvelle en sous-sol.
Bien entendu, cette modification a un coût et le prix du stationnement sera sensiblement accru par l'évolution ; d'autre part les variations locales de la tension n'auraient, dans cette application, pas d'amélioration : les insuffisances chroniques persisteraient dans certaines zones.
Une récente communication de la stratégie de piétonisation du conseil administratif de la ville peut cependant surprendre, sinon interloquer, non tant par la curiosité dialectique qui évoque de compenser les places éliminées par des places existantes, ce qui revient à supprimer sans créer, mais bien plus encore à cause de l'affirmation les parkings de la gérance immobilière aux Pâquis devraient faire l'affaire.
Une certaine opacité existe quant aux disponibilités réelles des locations proposées par la GIM puisque, contrairement aux services des régisseurs, la gérance immobilière municipale ne publie rien sur son site ni ailleurs des vacances existantes, ni pour les logements sociaux ou à loyers libres, ni pour les parcages ou les locaux commerciaux, mais des informations qui ont suivi les nombreuses critiques, émises il y a quelque temps, on peut retenir pourtant que les locaux vides, quelle que soit leur nature, ne sont pas légion et ne demeurent pas durablement vacants.
La ville envisage, dit-on, de rendre aux habitants les places occupées en sous-sol par des pendulaires, ce qui implique de louer au mois celles qui seraient louées à l'heure ou à la journée ; l'argument n'est pas très convaincant puisque les uns sont présents avant tout la nuit et parfois pendant les vingt-quatre heures du jour, tandis que les autres ne sont généralement présent que diurne ce qui est partiellement complémentaire.
Aucun chiffrage n'existe de cette occupation pendulaire mais elle ne semble pas d'une telle abondance compte tenu des prix élevés des abonnements ou des locations en centre-ville, sans compter la difficulté évidente qu'il y a à circuler aux heures qui sont usuelles aux pendulaires, mais il faut bien comprendre là une intention personnelle de résilier les places louées par la ville à des occupants non domiciliés dans la proximité immédiate.
Cette sorte d'épuration me laisse toujours une impression assez désagréable de sectarisme plus émotionnel que rationnel, de choix déterminé de privilégiés par catégorie sociale, idéologique ou partisane.
Quelles que soient cependant les sélections déterminées par ces déterminations, il reste que seules les places qui vont être supprimées sont véritablement chiffrées et concrètes, tandis que la compensation est supputée de places qui ne sont pas disponibles mais libérables selon une sélection arbitraire, sauf les deux cent cinquante places auxquelles la commune renonce pour le projet de Pré-l'Evêque, parce que la fondation des Parkings ne prend pas en charge l'intégralité des frais.
Que les fonds manquent pour tenir l'engagement de compensation des places peut se comprendre dans la situation économique du moment, mais la dépense des travaux qui font disparaitre les places n'est pas plus opportune cependant et pourrait aussi être reportée jusqu'au moment où l'équilibre sera possible, par exemple lors de la réalisation du projet des Clef-de-Rive.
Mais surtout, la présentation post-électorale de cette stratégie qui remplace par rien la perte bien concrète de places disponibles, sans égard aux engagements évoqués, fait l'habituelle dérision de ce que sont les promesses, tenues dans l'orientation des élus et non dans celle des électeurs.
Si ce choix n'est pas surprenant au regard de la répartition du conseil administratif rose-verte à quatre cinquième, un contrepoids aurait pu être attendu du législatif dont le centre de gravité est plus au centre ou centre-droit, et dont la représentation en pseudo-trublions laisse croire qu'une contestation peut naître.
Sortirons-nous donc d'une situation monolithique ?
12:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, parcage, voie publique, automobile, promesses électorales, majorité, évolution
20.12.2011
Morbidité de la couverture de santé !
Morbidité de la couverture de santé !
Depuis nombre d'années, le financement des dépenses de santé et la croissance desdites alimentent les inquiétudes, les polémiques, les promesses électorales et même les plans sur la comète.
Bien entendu le sujet est difficile et complexe, il touche aussi à des intérêts fortement représentés autour et dans les chambres fédérales, dont les visées peuvent être divergentes ou contradictoires et qui ne manquent pas de tirer tout à tour la couverture, pour rester plus forts ou plus confortables.
Ainsi tandis que les groupes d'intérêts que sont les pharmaceutiques, les assurances, les structures hospitalières et les associations de médecins jouent des coudes pour gagner une prépondérance sinon un pouvoir, la confédération et les cantons mènent leur combat, par l'intermédiaire des élus, pour se renvoyer les charges des subventions, des coûts des organismes de soins ou d'assistance sanitaire, ou même de prise en charge des invalides.
Car dans ce grand chantier, distributeur de la manne qu'engendre le désir légitime et puissant de chacun de jouir des meilleures conditions sanitaires autant que de confort, tant pour le présent que pour l'avenir ou même la vieillesse, les candidats aux retombées financières sont multiples.
Cependant en la matière les consommateurs, c'est-à-dire les patients, les malades ou les accidentés, les lésés physiques de toutes natures, sont manifestement écartés des sphères décisionnelles comme des groupes de pression, absents des travaux, des réflexions et des évolutions des assurances sociales, comme si la dépendance plus ou moins grande qu'ils en ont les rendaient inaptes à y participer.
Pourtant dans cette comédie dramatique où toutes les spéculations sur la répartition du gâteau, quand encore il n'est pas question de baux de longue durée ou de rentes de situation, les premiers concernés sont les assurés, c'est-à-dire les citoyens et les habitants du pays, qui sont fort divisés selon qu'ils sont ou non en bonne santé.
Les mouvements ouverts dans le sens d'une gestion dite « managed care », dont il n'a pas encore été donné de réelle définition et dont l'anglicisme n'est guère traductible, et naturellement dans son opposition puisque nous sommes dans une forme démocratique, restent des gesticulations préliminaires où la volonté de resserrer les structures, comme celle de garder une liberté de choix, s'affrontent autour d'un objectif encore imprécis.
Motivés soit par l'impression que les caisses font et cachent des bénéfices importants, soit plus simplement par l'opacité déjà largement confirmée de leur gestion et des justifications présentées aux augmentations de primes, certains prônent la caisse unique à la manière de la CNA/SUVA, écartant ainsi la stimulation supposée de la concurrence et séparant les complémentaires de la couverture de base.
Pendant ce temps, les chambres fédérales poursuivent à petits pas des changements timorés, qui ne sont pas toujours inoffensifs pour autant, puisque le conseil des états accepte déjà d'envoyer aux orties le secret médical en édictant la mention, sous une forme codifiée, du diagnostic sur la facture de soins.
Dépourvue de toute efficacité quant à la discrétion, la mention de chiffres en guise d'expression a déjà été utilisée par les visites sanitaires de l'armée : on se souviendra que les réformés se sont souvent ingéniés à refuser de présenter les livrets de service aux futurs employeurs, pour éviter des publications pures et simples.
Patienten.ch, association alémanique d'assurés, annonce un référendum alors même que la loi concernée doit encore être reconsidérée par l'assemblée nationale, avançant qu'une telle pratique sera l'ouverture à la sélection des risques au détriment des victimes de maladies chroniques. C'est aussi une manière de galvauder l'intimité du patient voire de l'attacher au pilori, de stigmatiser gravement les défaillances de santé.
Bernard Gruson, directeur des HUG, s'est déjà opposé clairement à un tel transfert de données, cependant que les établissements qu'il dirige sont à l'avant-garde de la centralisation du dossier de patient informatisé, faisant œuvre de rationalisation en la matière.
Si la FMH manifeste une certaine préoccupation à ce sujet, sa défense des intérêts matériels de ses affiliés reste évidemment sa priorité et il n'est pas douteux qu'elle pourrait être amenée à sacrifier le secret médical, pour mieux protéger ses positions économiques.
Le sens du secret médical est pourtant assez évident et sa priorité dans la protection des données n'est pas discutable ; le sacrifier sur l'autel de l'économie revient à rejeter le droit à l'individualité pour sanctifier la seule règle pécuniaire, à immoler la liberté et l'intimité au seul profit d'une rentabilité réservée que l'on appelle économicité.
Dans le temps même où la préoccupation de la protection des données commande le remplacement de nos historiques numéros AVS par un numéro aléatoire, afin d'empêcher la lecture d'une date de naissance ou d'un groupement patronymique, alors que l'on limite les accès aux informations individuelles tels que l'annuaire genevois par l'argument de protection de la sphère privée, la puissance des intérêts pécuniaires des lobbys pharmaceutiques et médico-hospitaliers est presque parvenue à annihiler la protection de l'ancestrale confidence, reconnue à l'égale de la confession.
Mais la valeur réelle de l'impact financier de cette mesure n'est néanmoins pas démontrée et, surtout, l'objectif déclaré d'un contrôle d'économicité ne nécessite en rien l'abandon de la sécurité des informations, puisque l'identité des patients ne présente en la matière aucun intérêt comptable ni statistique.
La suspicion d'une intention de créer une pression anti-soin, donc anti-consommation ne peut pas être écartée mais surtout, la pression sort ici par l'endroit le moins bien défendu, qui sert de soupape par laquelle s'échappe la coercition exercée contre l'ensemble des structures en présence, fissurant avant de la faire éclater la paroi la plus vulnérable de l'ensemble construit, dans cet édifice labyrinthique qui gère l'assurance sociale.
Cette défaillance de représentation des assurés, c'est-à-dire des citoyens puisque l'obligation a fait, depuis près de deux décennies, de chaque électeur un assuré par contrainte lorsqu'il ne l'est pas par sa volonté, est véritablement alarmante puisqu'ils sont les premiers intéressés par la conduite de cette énorme machine, dont ils ne subiront pas que le coût mais encore l'ensemble des résultats, à savoir la disponibilité des soins en qualité, en proximité et en efficacité.
La création, la consolidation et l'émulation d'un organe représentatif des ayant droit, soit de tous les cotisants qu'ils soient ou non bénéficiaires de soins, est une nécessité vitale à l'assainissement et à la configuration des institutions d'assurances sociales, avec l'objectif éminemment démocratique d'exercer certes un lobbying, mais également une clarification, sorte de vulgarisation permettant à tous de comprendre ce qui n'est actuellement qu'un enchevêtrement assez inextricable et surtout indécodable.
Dans le même esprit de clarification et d'épuration, la génération d'une véritable autorité de révision obligatoire des caisses maladie et des structures de santé, avec l'obligation de rendre des comptes tant cas par cas que globalement, parait s'imposer comme moyen de régulation et de normalisation de ce monstre aux têtes multiples, dont les moteurs sont ambigus et les pressions largement indirectes.
Cependant le chemin à parcourir pour édifier l'un et l'autre de ces éléments n'est pas simple ni facile, puisque les électeurs dans leur majorité se sont résignés par absence de compréhension, tandis que les groupes d'intérêts antécédents se sont largement positionnés dans la protection bien ancrée d'un statut quo ante préservant le confort acquis.
Ainsi pendant que les uns s'absentent des débats dont ils subiront les effets, les autres exercent de continuelles pressions pour préserver des rendements et des privilèges, avec des stratégies que machiavel ne renierait certainement pas tant elles comprennent de modalités indirectes.
07:52 Publié dans Organisation sociale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : assurance maladie, santé, soins, structures hospitalières, maladie, cotisations, lobbying, parlement
20.09.2011
La nationalité, qu'est-ce ?
La nationalité, qu'est-ce ?
Le fait de former une nation, me dit d'abord le dictionnaire avant d'évoquer l'état d'une personne qui fait partie d'une nation politique.
Mais la question mérite, je crois, plus d'une réponse et un meilleur approfondissement : un citoyen, homme ou femme, de Genève-ville est ressortissant de la commune mais aussi du canton de Genève, ressortissant Suisse, mais aussi d'une certaine manière ressortissant de l'Europe et également du monde qui, s'il n'est pas une nationalité, détermine pourtant une appartenance certaine.
Sa nationalité est-elle réellement déterminée par la commune, par le canton, par le pays, par le continent ou par la terre ?
Si la réponse est culturelle, alors devra-t-on se souvenir aussi qu'il appartient à la Romandie et à la communauté francophone, comme il est certainement attaché à une orientation musicale sinon à une idéologie philosophique ou artistique particulière.
Le XIXème siècle avait exacerbé le nationalisme pour mieux marquer les attachements des citoyens et stimuler une cohésion, encore indécise dans bien des pays composés nouvellement ou recomposés avec des territoires précédemment divisés, mais aussi pour consolider le lien des individus avec leur sol devenu nation, entité politique et unité suprême puisque chaque pays se veut alors libre et indépendant, sinon antagoniste des autres.
Dans cette période marquée par l'intolérance, la nationalité se devait d'être à la mesure du nationalisme : totalitaire et exclusive, d'une ligne pointilleuse et tranchée, regardant tout étranger comme un ennemi et tout national comme obligatoirement chauvin et solidaire, dans une même vision étroite.
Contemporaine aussi de l'obligation de servir, cette appréhension du patriotisme exacerbé n'est pas liée seulement au sentiment d'appartenance : la guerre, longtemps regardée comme l'action appartenant au seigneur, devenait accessible à tout un chacun par l'incorporation milicienne et prenait la posture orgueilleuse d'un engagement anoblissant.
Dans sa culture de l'exclusivité cette approche tend naturellement à la xénophobie, au racisme et au sectarisme, elle bonifie un totalitarisme et a accompagné ou consolidé les dictatures du vingtième siècle en cautionnant, au nom du patriotisme déterminant, tous les excès au détriment des autres, étrangers ou différents.
S'il reste dans nos sociétés des présences et des mouvances nationalistes, l'appartenance patriotique est aujourd'hui regardée plutôt comme une attache culturelle et généralement ressentie comme une préférence, une orientation privilégiée mais ouverte, sans impératif contraignant.
Spontanément acquise par la filiation ou par la naissance, selon le droit du sang ou celui du sol, la citoyenneté peut aussi se gagner par une démarche volontaire de naturalisation aux conditions déterminées par chaque pays.
Comme la filiation n'est pas unique et que les géniteurs ne sont pas nécessairement de la même origine, le cumul de deux patries natives n'est pas rare et la transmissibilité de cette particularité amène même des pluralités élargies de passeports.
Inadmissible ou peu admissible dans la perception exclusive d'une nationalité sans partage, cette réalité répond cependant aussi à la diversification des racines culturelles et à l'ouverture au monde multinational, multicontinental, multiracial et multiculturel.
L'évolution des mentalités, des sociétés et des législations n'est cependant pas uniforme et subit des variations sous l'influence de conditions spécifiques géographiques, économiques, historiques et circonstancielles si bien que deux pays proches ou contigus peuvent garder de grandes différences de convictions et de doctrines.
Ainsi survient l'exemple de Jean-Claude Biver qui, arrivé en Suisse à l'âge de dix ans, a depuis vécu constamment dans le pays, s'est formé, développé et marié, est devenu une personnalité éminente de la vie économique sans pouvoir, jusqu'à cette année, en prendre la nationalité nonobstant l'importance de ses engagements.
Luxembourgeois par filiation, il devait en effet renoncer à sa nationalité native pour en acquérir une autre, parce que le Grand-Duché n'acceptait pas cette ouverture ; dès lors confronté à un choix cornélien, il a attendu longuement (cinquante-deux ans) que le Luxembourg modifie enfin sa loi et permette de se naturaliser sans renier pour autant ses racines.
Heureux aujourd'hui, rayonnant même en recevant les certificats de nationalité et d'état-civil, il déclare je me suis marié à la Suisse, notre union est désormais officielle !
Ce choix d'un homme déjà solidement ancré par son intégration, sa carrière et ses investissements n'est pas seulement l'évolution logique d'une implantation mais aussi la progression résolue des engagements menés dans et avec le pays : son épouse, naturalisée par la même démarche, est déjà élue municipale.
Cette interdiction faite aux citoyens de se naturaliser était relativement répandue dans le passé, mais n'est plus guère pratiquée dans notre région du globe : l'intégration des êtres à leur lieu de vie, l'addition des nouvelles racines et la préservation des anciennes sont entrés dans la compréhension et dans les usages.
L'obstacle persiste pourtant pour les ressortissants de certaines zones où l'exclusivité, parfois jalouse, reste une pratique, une idée et un dogme, souvent avec un besoin ou une recherche d'éléments forts de cohésion sociale.
Cependant ce maintien forcé d'un patriotisme possessif et fermé se fait alors au détriment des moyens d'intégration des personnes, contraintes de rester des étrangers là même où se déroule et se développe leur vie, pour ne pas répudier leur souche native et familiale.
Comme à chaque endroit, hélas, l'intolérance empêche de vivre et de bien vivre, de s'épanouir !
12:58 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nationalité, naturalisation, nationalisme, ouverture, racines, origine, naissance
13.09.2011
Le canton empoigne le surendettement !
Le canton empoigne le surendettement !
Non, l'action ne vise pas la restriction de la capacité de prendre des crédits comme les actions des chambres fédérales : il s'agit d'un projet pilote, entendez d'une innovation dans ses premières bases, lesquelles naturellement peuvent évoluer, selon les résultats réalisés et les constats de situations particulières.
L'intérêt et l'innovation du dispositif élaboré par François Longchamp est de faire intervenir une invitation à bénéficier gratuitement de l'aide de services expérimentés en gestion de dettes auprès de personnes qui rencontrent des difficultés financières.
Par ce moyen qui reste discret, il va donc au-devant des personnes en difficulté, qu'il identifie en utilisant les services de recouvrement des contributions publiques et ceux des services industriels, ainsi que les informations de l'office des poursuites.
Le mode d'introduction par l'office des poursuites n'est pas dévoilé mais celui qui utilise l'administration fiscale concerne plus spécifiquement les contribuables de moins de trente et un ans, tandis que les débiteurs des services industriels seront abordés après la seconde menace de coupure d'électricité, ce qui suppose déjà un sévère manque de moyens et élude le cas accidentel.
L'engagement sera fait par l'envoi d'un bon de consultation et d'assistance gratuite auprès de l'un des deux organismes déjà actifs dans la médiation financière et le désendettement sans but lucratif, qui assurent ce soutien avec un savoir-faire certain et qui, pour cet élargissement de leurs activités, recevront un nécessaire appui en effectifs propre à permettre d'assurer la gestion des nouveaux dossiers.
L'objectif de cette action est de limiter les dégradations rendant impossible la maîtrise de ces situations, puis décourageant finalement tout effort, puisque chaque nouveau gain ne sert plus qu'à la charge de la dette, tandis que l'on ne dispose plus soi-même que du minimum vital insaisissable.
Dans un tel marasme, la motivation individuelle s'érode et le risque de voir quelqu'un glisser vers l'aide sociale est important, faute qu'elles ressentent un espoir ou un progrès. Nous voulons surtout éviter que des personnes n'aient plus aucun intérêt à reprendre un travail puisque tout serait mangé dit le magistrat.
La cible est ainsi en même temps sociale et rationnelle, apportant un secours aux foyers enlisés mais évitant aussi, à terme, une charge durable d'aide sociale ; plus essentiel est sans doute le maintien ou la restauration d'une mobilisation personnelle de réalisation, dont le bénéfice personnel peut apporter des satisfactions émotionnelles, un sentiment d'intégration sociale et de valeur, mais encore une ressource contribuable persistante.
L'ambition est donc particulièrement louable puisque les citoyens concernés, au-delà d'un confort moral et matériel appréciable, gagneront fort en espérance et en progressivité, en dynamique et en aspiration tandis que la société, économisant une potentielle aide individuelle, bénéficiera en outre des retombées de la réussite desdits particuliers.
Double productivité donc de l'action projetée, puisque le maintien et peut-être la régénération de l'émulation spontanée des individus crée un esprit d'entreprise ou un appétit dont les effets reportés, constructifs pour l'être, seront fructueux ou tout au moins avantageux pour la collectivité.
L'action de François Longchamp traduit ici une excellente compréhension de l'intérêt public et humain, et dégage une projection claire et prometteuse d'un mécanisme intelligent, pragmatique et d'une philosophie qui protège la personne en favorisant la société.
Après la rationalisation que représente sa mise en place d'une prise en charge par le service des prestations complémentaires des assistances durables, dont l'angle de vision est similaire en affranchissant de la tutelle de l'aide sociale ceux qui n'ont besoin que d'une aide économique, le magistrat poursuit son approche d'une prise en charge sociale par l'état, sans paternalisme mais avec vigilance.
Reste à savoir cependant ce qui sortira d'une prise de contact avec les services concernés, car l'efficience dépendra des méthodes appliquées comme des capacités disponibles.
Une première étude devrait sans doute être faite de chaque situation sous l'aspect des droits acquis ou à revendiquer ; l'aide au logement, par exemple, pourrait concerner certains dossiers car elle est assez mal connue et doit faire l'objet d'une demande pour être examinée, mais d'autres bénéfices de situation ignorés seront peut-être le premier pas à accomplir.
Comme il est question de surendettement, une gestion amiable des créanciers semble la démarche logique car la prise en charge par une organisation sociale permettra certainement d'éluder une avalanche de frais indésirables.
Au-delà, mais l'expérience de ces praticiens répond sans doute à cette forme, il faudra aussi négocier la réduction des charges supplémentaires et contester les revendications indues, que nombre de services de recouvrement tendent à additionner au passage, ou parfois, mais c'est encore une autre action, aider le débiteur à contester ce qu'il ne doit pas.
L'évocation d'une éventualité de prêt sans intérêt ouvre aussi une voie, qui restera probablement assez limitée car les montants disponibles ne seront pas sans limites mais la mise en action d'un fonds de roulement peut aussi permettre de dégager très avantageusement certaines situations, c'est-à-dire d'écarter des blocages nuisibles.
Mais il importera aussi de ne pas prendre une politique moraliste et de ne pas exiger une austérité insupportable, qui seraient tous deux à l'encontre de la philosophie comme de l'efficience des opérations.
L'adoption dans certains cas de la procédure de déclaration d'insolvabilité devra aussi, nécessairement, faire partie des outils d'une telle entreprise car elle seule permet, dans les cas les plus lourds, de retrouver une situation vitale acceptable.
Cette opération, dont le but n'est pas d'évincer les créanciers mais de redonner une capacité au débiteur, s'impose lorsque la disproportion entre la masse (des dettes) et les revenus est trop grande ou si le loyer du passif est excessif, notamment par un intérêt contractuel trop élevé.
Cependant ni cette manière, ni aucune autre n'efface l'endettement et quelle que soit la méthode appliquée, un suivi à long terme est à prévoir pour négocier et amortir la conséquence des actions ou des décisions que le débiteur a prises. Mais il ne faut pas adopter non plus l'obligation comme une sanction car elle ne doit pas empêcher de vivre pleinement.
Toute la nuance qui permet la réussite d'une entreprise semblable réside dans l'adaptation et l'adéquation des restrictions sans lesquelles aucune responsabilité n'existe, ni moralement ni concrètement, mais par lesquelles aussi les conditions deviennent inacceptables lorsqu'elles sont excessives.
Aussi la formation et l'encadrement des travailleurs attachés à ces engagements sont-ils essentiels car, au-delà des compétences administratives, juridiques et de négociation que nécessite la gestion des passifs, l'appréciation et la conduite des demandeurs exigera une capacité d'écoute et de communication souple et affinée.
De plus la confrontation des personnes, des situations et des émotions tendra à créer chez les intervenants des surcharges de stress qu'il conviendra de surveiller et de gérer au sein du groupe car, comme dans toute action sociale, l'empathie est une source de risque pour le praticien.
Dans cette institution qui s'annonce passionnante par ses développements, ni le champ d'action ni la diversité des ramifications ne sont réduits : c'est un grand chantier qui s'ouvre et prendra de l'espace.
07:46 Publié dans Genève sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dettes, social, genève, françois longchamp, assistance, action
08.09.2011
La réserve des Grottes !
La réserve des Grottes !
Construit dans le développement et la proximité de la gare Cornavin, laquelle fut longtemps la seule halte des chemins de fer à Genève, ce quartier aux rues étroites recelait de nombreuses activités commerciales ou artisanales favorisées par l'accès ferroviaire, et des logements destinés en premier lieu aux gens occupés par ces activités.
Sur la place de Montbrillant et à sa proximité fleurissaient également des hôtels, construits surtout au XIXème siècle et qui ont été détruits maintenant, mais dont beaucoup ont subsistés jusque dans les années septante. Seul reste aujourd'hui l'hôtel Montbrillant, plus récent et surtout mieux entretenu, agrandi et constamment rénové.
Menuisier, miroitier et ferronnier se côtoyaient dans ce périmètre où naquirent également des entreprises dont la renommée est liée étroitement à notre ville et à notre canton.
Ces immeubles de construction ancienne et parfois sommaire n'avaient pas un équipement technique ou sanitaire très évolué : ils étaient dépourvus d'ascenseur comme de chauffage central, leur aménagement sanitaire n'était souvent que peu présent.
Aussi divers projets d'urbanisme ont existé pour cette zone et se sont succédés sans se ressembler ; le premier date, sauf erreur, de mil neuf cent dix-neuf mais aucune réelle mise en chantier n'apparaitra avant mil neuf cent soixante-neuf.
Pendant ce demi-siècle, la ville s'efforcera d'acquérir un grand nombre de biens-fonds dans ce secteur, souvent à l'occasion de successions et parfois en bénéficiant d'une sorte d'abandon des propriétaires, lassés d'un bien difficile à gérer.
Les imaginations successives du devenir de ce territoire urbain passaient par la démolition de la totalité ou de la plupart des immeubles, et des visions futuristes à voies d'accès larges ont succédé à des concepts presque industriels et précédé des planifications plus tranquilles et plus échelonnées.
Une autre partie de la rive droite a, dans la même période, alimenté les plans et les conversations quant à sa reconstruction : l'ensemble du Seujet, plus ancien encore mais comprenant plus d'ateliers et moins d'habitations, dont les structures de construction étaient souvent plus vétustes encore et qui devint latent pour un grand projet lorsque les brasseries de Saint-Jean furent abandonnées par Feldschlosschen.
Ce faubourg en bordure du Rhône était cependant beaucoup plus dégradé et n'offrait aucun intérêt architectural déterminant. Aussi finit-il rasé pour laisser place à la construction de l'ensemble immobilier qui remplit aujourd'hui l'espace entre le quai du Seujet et la rue de Saint-Jean, fait principalement d'habitations dont certaines bénéficie d'un regard sur le Rhône et le lac.
Au cours des années cinquante et soixante, de nombreux appartements des immeubles des Grottes restèrent vides après que leurs derniers locataires furent partis, parce que les propriétaires, municipalité en tête, entendaient évincer toute obligation pour effectuer postérieurement, lorsque tous les habitants seraient partis, les travaux à leur convenance.
En ce temps-là sévissait une sérieuse crise du logement (déjà) et de nombreux candidats à la location restaient durablement insatisfaits, souvent parce que leurs moyens ne permettaient pas d'accéder aux appartements neufs trop onéreux : la principale carence est toujours l'habitat à prix abordable aux bourses modestes.
Alors survinrent des mouvements d'occupation des résidences vides, lesquelles souvent nécessitaient des aménagements (installation d'une douche ou d'un chauffage par exemple) que les nouveaux habitants prenaient à leur charge, mais offraient cependant des bonnes conditions de sécurité et de salubrité.
Ces premiers « squatters » à Genève intervinrent au début surtout dans le périmètre des Grottes, où le nombre de locaux vides était important ; ils se profilaient dans une démarche citoyenne et s'efforçaient à verser, à disposition des propriétaires, des redevances mensuelles en rapport avec les locations de domiciles comparables.
Ceux qui, par la suite, s'engagerons dans cette voie des « squats » n'auront pas tous les mêmes motivations ni les mêmes conditions, et ne montreront pas tous les mêmes soucis de contrepartie.
Mais c'est à ce premier mouvement de contestation et de reprise de possession des lieux délaissés pour répondre à des besoins véritables, que s'ancrera l'appui populaire et politique dont bénéficie toute la mouvance aujourd'hui encore.
Quant aux propriétaires, ils préférèrent souvent louer les emplacements vides à des entreprises au moyen de baux précaires, c'est-à-dire que les locataires s'engageaient par contrat à libérer les lieux dans un délai court au moment de la mise en chantier, mais pouvaient les mettre à disposition de leur personnel jusque-là.
La défense de ces premiers occupants nantis d'une attitude de légitimité fut une avenue sur laquelle les socialistes et les adeptes du parti du travail s'engagèrent vivement (c'était toute la gauche à l'époque), endossant au passage la détermination au maintien des immeubles présentant assez d'éléments de salubrité et de sécurité.
Comme déjà l'éveil s'était fait de l'intérêt architectural et patrimonial de certains bâtiments, la préservation devint rapidement une tendance dominante et un examen de l'état de chaque édifice fut rapidement exigé par la commission des monuments et des sites avant l'acceptation de toute autorisation.
Lorsque commença la réhabilitation du domaine, il fallut donc de cas en cas reloger les occupants ou libérer les immeubles par d'autres moyens ; ceux dont l'investissement était devenu consensuels ont généralement pu bénéficier d'un nouvel habitat tandis que d'autres, dont l'attitude n'était faite que de confrontation, ont été évacués par les forces de l'ordre : certains mouvements de soutien ou de protection ne furent pas sans violence.
Si tout n'est pas encore rénové, la grande majorité du patelin est maintenant restaurée ou reconstruite et, fait notoire, une grande partie des bâtisses a pu être sauvée.
A travers les engagements, les prises de position, les manifestations, les réunions et les concertations liées à ces actions, les empathies se sont révélées, rapprochées et déclarées pour modeler et constituer comme un esprit de village, ilot dans la ville qui prend et garde une marginalité, une singularité d'apparence, d'ambiance et de conduite.
Positionné entre le socialisme, l'écologie et l'esprit baba cool, assez zen et insouciant mais manifestement opposé à la circulation voire à l'automobile, à la recherche constante d'une convivialité mais cependant quelque peu fermé sur lui-même, hermétique ou presque à ce qui vient de l'extérieur, cet esprit semble évoluer dans une illusion d'autarcie en ne regardant résolument qu'à l'intérieur de son propre périmètre.
Comme dans chaque atoll de vie, le regard éternellement centripète et l'absence de critique introspective envers ce milieu privilégié produisent un décalage croissant des réalités, voire la tendance à vouloir reproduire des éléments hors et indépendamment de leur contexte vital.
Ainsi cet espace s'est-il décrit progressivement et résolument comme résidentiel et piétonnier, restrictivement ouvert à une circulation rendue complexe et malaisée par la fermeture de certains lieux, de certains accès et par l'habitude des usagers d'obstruer fréquemment une partie des voies, dans un consensus qui parait général.
La complète fermeture de la place des Grottes, devenue espace libre de détente et de marché, s'est faite dans la conformité du désir de l'association des habitants mais pourtant contre l'avis des commerçants lesquels se sont repliés devant les volontés farouches exprimées par les uns et les autres.
S'ensuit une interdiction dudit espace à tout accès motorisé (quoique les motos ne se privent pas d'y caracoler comme les vélos s'arrogent les trottoirs) qui conditionne restrictivement les développements potentiels d'activité des arcades adjacentes.
Si deux commerçants vivriers conduisent leurs activités avec un dynamisme fructueux, c'est que leur positionnement en dessous de la place laisse une certaine liberté de passage pour les approvisionnements comme pour la prise de marchandise par leurs clients. L'un et l'autre ont une clientèle extérieure au quartier, notamment de restaurateurs.
Au-dessus de la place où le passage motorisé est possible, il faut apprendre le labyrinthe car toute erreur vous fait sortir complètement des Grottes et le manque de place, lorsque tous les espaces de parcage sont occupés, aura le même résultat vous empêchant de charger telle marchandise que vous veniez chercher.
Aussi lorsque les autochtones se rebiffent, parce que nombre d'arcades sont utilisées à l'administration d'une entreprise ou à des activités nécessitant l'obscurcissement des vitrines, lorsqu'ils se plaignent du manque de convivialité et d'animation des exercices qui s'installent dans ces magasins, lorsqu'enfin ils revendiquent un commerce de proximité, ils ont besoin de faire un peu leur examen de conscience.
Car l'organisation sur la place d'un marché à l'orientation biologique et locale est certainement une initiative intéressante génératrice de convivialité, d'autant que la plus grande surface semble réservée à la dégustation de vins et de boissons, mais la vie de tout commerce dépend de la réalité du chiffre d'affaire et ce dernier est lié à la quantité de clientèle qui vient et dépense.
Or l'enfermement d'une fraction de la ville, son repli dans la vie très locale et l'obstruction au trafic ne sont pas des éléments de développement des ventes et des mouvements, moins encore les conditions attractives pour l'installation d'un nouveau négoce fut-il de proximité car la clientèle locale n'est pas captive : elle ne s'empêchera pas d'acquérir plus loin ce qu'elle y trouvera meilleur marché ou mieux à sa convenance.
La seule réelle chance de développement d'un magasin de proximité est actuellement déterminée par des niches, telle que l'ouverture en dehors des horaires ordinaires, pour les exploitations familiales, ou le choix d'un assortiment spécifique qui manque à l'étal des concurrents.
Mais l'une ou l'autre de ces niches nécessite l'attirance d'une clientèle distante et donc une facilité d'accès pour ces chalands, en plus d'une large ouverture d'accès à l'approvisionnement puisque constamment il faudra remplacer la marchandise vendue.
Rien d'étonnant donc s'il faut aller chercher à la rue Louis-Favre de tels commerces qui manquent au sein du village, puisque cette rue est accessible aisément par les véhicules automobiles ou non et ouvert à un axe de transit important.
C'est bien la cohérence d'un choix qui engendre donc cette forme de léthargie commerciale dont les habitants des Grottes font grief à la ville et c'est sur leur orientation, voire sur la capacité de leurs décisions à atteindre leurs objectifs, que les indigènes du village devront maintenant s'interroger.
06:05 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : genève, socialiste, grottes, ville, population, accès, circulation, commerce, automobile
06.09.2011
Nouvelles des anciens !
Nouvelles des anciens !
Sans nostalgie aucune, j'ai toujours l'intérêt de m'informer du devenir des personnes, des situations ou des organisations que j'ai évoquées.
Au printemps, j'avais salué l'attribution du prix Henry-Dunant à Pierre Claver Mbonimpa citoyen du Burundi qui déploie, avec son association pour la défense des droits de l'homme et des personnes détenues (APRODH), son action pour préserver et améliorer les conditions des personnes détenues ou menacées de son pays.
Récemment encore son nom est apparu sur le site « Afriquinfos » où il s'élevait contre les tueries perpétrées quotidiennement et la pratique des enterrements sans identification ni procédure.
Refusant ces « massacres extrajudiciaires » il ajoute sinon il faut quand même que la justice prenne les devants, qu'elle ait le courage de traiter les dossiers et de punir les auteurs conformément à la loi. Il faut punir parce que c'est l'impunité qui gangrène le pays.
Quand d'autres pays sont menacés par la même putréfaction (exactions dénoncées en Côte d'Ivoire) ou par une vacance d'organisation et de pouvoir (tout à reconstruire en Lybie) cette lutte difficile et nécessaire dans sa nation pourrait devenir indispensable ailleurs.
A la même saison et à peine plus tard, un hommage mérité était rendu par ma plume à Kasha Jacqueline Nabagesera, distinguée par le prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits de l'homme, lequel lui sera remis au Victoria Hall le jeudi treize octobre.
Un objectif déclaré de cette attribution est de protéger, par la notoriété, ceux que leur engagement met en danger et ce but parait en bonne voie : Kasha Jacqueline Nabagesera est désormais présente sur Wikipédia.
Pour le reste elle poursuit sa croisade en Ouganda et dans le monde, est fréquemment invitée à s'exprimer dans maintes occasions militantes où son courage et sa simplicité sont admirés.
L'administration cependant montre parfois une certaine léthargie d'information, comme lorsque la Grande-Bretagne lui refuse un visa en considérant que sa situation financière laisse craindre qu'elle ne dépose une demande d'asile.
Heureusement ledit laisser passer lui sera finalement accordé pour répondre à l'invitation de la Gay Pride de Derry où elle est très attendue.
Du printemps arabe, les nouvelles nous parviennent chaque jour et laissent beaucoup d'inquiétudes pour le devenir de ces nations, la Tunisie dont l'économie est en berne, l'Egypte dont l'évolution constitutionnelle et politique parait bien lente à exister, plus encore la Lybie déjà citée où les combats ne sont pas terminés, le Yemen où la situation reste plus que tendue sans évolution du pouvoir et la Syrie dont les informations ne communiquent jour après jour que le nombre des décès, sans qu'il soit possible de comprendre les évènements.
Sombre printemps donc fait d'espérances encore insatisfaites pour les uns et de désespérance persistante pour les autres, avec l'éminence de cette guerre au milieu du Maghreb qui, si elle élimine un dictateur dont le départ ne sera pas regretté, laissera sans doute des plaies béantes et peut-être une situation instable, voire pire à cause des armes en circulation.
06:32 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire, droits de l'homme, printemps arabe, burundi, ouganda, lybie, syrie, tunisie, yemen
15.08.2011
Alerte aux aléas de la santé !
Alerte aux aléas de la santé !
Depuis l'avènement de la Lamal, intervenu après une longue durée de questionnements politiques et sociaux comme d'immobilisme politique dans le domaine, les circonstances conduisent de plus en plus souvent à s'interroger sur le devenir de la couverture sanitaire et de l'ensemble des structures de soins.
Le sujet n'est pas simple et il inclus nombre de véritables pièges politiques, économiques et sociaux qui ont fait reculer tant l'exécutif que le parlement pendant bien des législatures, jusqu'à ce que le problème, devenu crucial, ne supporte plus de ne rien faire et s'impose comme un impératif immédiat.
Mise sous toit au printemps 1994 par la détermination de Madame Ruth Dreyfus, elle fut frappée de référendum et confirmée par le scrutin du quatre décembre 1994.
Il faut ici rendre hommage à cette conseillère fédérale, sortie comme un deus ex machina du sac à malice socialiste après le refus par le parlement d'élire une autre candidate : jamais nous ne saurons ce que nous avons perdu mais nous savons bien, en revanche, ce que nous avons gagné, un excellent et courageux travail que plusieurs prédécesseurs avaient préféré différer.
Cette loi complexe entrera donc en vigueur au premier janvier 1996, remplaçant une ancêtre de 1912, adoptée elle-même par le vote populaire après qu'une première version ait été rejetée par le peuple en mai 1900.
Ainsi le mandat donné par le suffrage en 1890 et l'adoption de l'article 34 bis de la constitution fédérale, chargeant la confédération de régler par voie législative l'assurance sociale en cas de maladie et d'accident, ne recevra qu'après vingt-deux années une réponse réduite faute que la réponse plus étoffée ait trouvé une majorité.
Cette difficulté à réunir une majorité est une constante de cette matière, parce que la solidarité n'est pas une donnée très homogène de notre pays, les uns accusant les autres de profiter trop ou d'être trop indisciplinés, pas assez résistants ou trop dépensiers.
Il existe par ailleurs toujours de grandes différences de sensibilité lorsqu'il s'agit de couverture sociale ou de respect de l'individu, puisqu'on voit certains cantons publier des listes d'assurés dont les cotisations sont en retard, pour que les soins leur soient refusés, tandis que d'autres négocient avec les caisses maladies pour obtenir une garantie de couverture de soins, nonobstant les retards et impayés des assurés.
Ainsi certaines positions officielles sont-elles manifestement attentatoire à la dignité des individus en produisant volontairement l'exclusion des indigents et, tandis que nous devons saluer les efforts de notre gouvernement et de plusieurs autres en Romandie comme dans le reste de la Suisse, nous devons aussi montrer une grande vigilance devant les pressions que d'autres groupes, cantons ou partis, apportent aux travaux poursuivis sur le plan fédéral.
Alors que l'association professionnelle des physiothérapeutes dénonce la convention de tiers payant, par laquelle les assurances payaient directement les honoraires, pour obtenir une valorisation du point de facturation, c'est-à-dire une augmentation de la base de rétribution qui pourrait avoir un sens d'indexation au coût de la vie, l'association faîtière des établissements hospitaliers H+ négocie avec Santésuisse une nouvelle convention d'information et de prestation.
De la dénonciation, comme de toutes les dénonciations des concordats avec les assurances, il ressort que les assurés sont entre le marteau et l'enclume, contraints d'avancer l'argent des honoraires facturés par les praticiens pour être ensuite remboursé partiellement selon le montant reconnu par les caisses, la différence restant « remboursable selon le devenir du litige ».
Ce qui veut dire que les assurés devront, pendant le contentieux, financer l'augmentation et ensuite, selon la décision finale, récupérer auprès de leur caisse ou auprès de leur praticien, ou même auprès des deux la différence cumulée. Beaucoup de travail pour ceux qui seront attentif, peu de chance d'indemnisation pour les autres.
Quant aux accords entre les établissements hospitaliers et les assurances, l'incidence est à la fois moins immédiate et plus fondamentale car elle entrainera peu de différence pratique pour le patient mais engendrerait, selon les conditions adoptées en finalité, une large divulgation des données intimes et symptomatologiques des patients envers les assurances.
Un tel galvaudage de l'intimité, donc de l'identité des patients serait profondément choquant et manifestement contraire au respect de l'intégrité, d'autant qu'aucune condition ne semble posée pour réserver tant soit peu l'accès aux données transmises, lesquelles sont destinées également à permettre le contrôle de gestion et d'économicité des traitements, donc susceptibles de circuler aussi au cœur de la fédération des caisses.
Divulgations qui ne semblent pas choquer tout le monde puisque Santésuisse en revendique le « bénéfice » pour ses affiliés au nom de la transparence des coûts, argument bien spécieux car il est question des structures hospitalières publiques en premier lieu et l'opacité n'est pas attachée à ces organismes.
L'objectif serait donc avant tout de mieux encadrer l'évolution des dépenses par un contrôle statistique et non d'intervenir dans les dossiers individuels.
Dans ce cas, pourquoi ne pas fournir à l'organe Santésuisse des données anonymes complètes, que par souci de confidentialité aucune précision d'identité ni d'appartenance n'accompagnerait ?
Mieux encore, pourquoi ne pas mettre en place enfin un véritable service de contrôle, sorte de cour des comptes des assurances sociales, qui recevrait les données citées, confidentielles et anonymes, et en tirerait les conclusions utiles, mais qui ferait de même une analyse pertinente du fonctionnement pragmatique et financier des caisses maladies ?
Car depuis bien longtemps voilà l'endroit où le bât blesse : le fonctionnement des caisses est complètement obscur et ne permet aucune confrontation sérieuse des conclusions fournies par chacune d'entre elles ou par leur fédération.
Comme ces caisses sont fortement impliquées en politique, les parlementaires s'abstiennent de trop les affronter afin de ne pas risquer d'y laisser une part de leur plumage, préférant largement agresser les organisations de soins surtout celles qui sont publiques, puisque souvent elles sont liées aux gouvernements par leur gestion.
A ce jeu de pressions assez pervers, modèle importé de lobbying dont l'hermétisme n'a rien à envier aux caisses maladies elles-mêmes, les organisations de santé ont acquis autant d'aisance que les compagnies pharmaceutiques, chacune étant fortement représentée au parlement, bien mieux que les hôpitaux ou les assurés.
Cette déformation n'a rien à envier à celle que les variations de fortunes et de dépenses produit dans la représentativité des partis politiques, dont les budgets publicitaires déterminent trop l'influence sur les scrutins et la capacité de faire aboutir des référendums par des campagnes lointaines de la réalité des intérêts, mais efficaces dans leur démagogie.
Il serait grand temps que les patients et les assurés, lesquels sont des patients futurs quand leur bonne santé leur évite de l'être déjà, montent aux barricades et constituent leur propre lobby actif, omniprésent et insistant à la manière des autres acteurs de cette partie essentielle de la société, cessant d'être des moutons bêlants, blancs ou noirs, suivant avec résignation la voie tracée !
Surtout qu'il importe aujourd'hui de soutenir la position des HUG exprimée par Bernard Gruson lorsqu'il refuse de transmettre les données individuelles, de leur apporter un soutien significatif pour préserver, protéger et consolider, affirmer avec force notre attachement à la confidentialité des données des patients, avant que les dossiers dans leur entièreté ne soient tout bonnement lancés sur la voie publique par des exigences inconsidérées des assureurs.
La règle et l'éthique imposent de ne transmettre des informations qu'aux médecins-conseils, auxquels la loi fait l'obligation d'un secret professionnel pointilleux : aucune justification de modification de cet état n'existe et le dommage pour les individus et pour l'ensemble des soins sera bien inutilement important car les rationalisations utiles sont assurées depuis longtemps dans la gestion hospitalière.
Protégeons notre intimité, notre confidentialité et notre identité, refusons que nos données personnelles transparaissent dans les systèmes informatisés des administrations, à la disposition d'un grand nombre d'employés, interdisons que les exigences prétendument économiques viennent annihiler les garanties de confidentialité que la loi donne à notre état sanitaire.
D'autant que la seule économie possible par ce biais est peut-être justement d'entretenir une peur de se soigner, par la crainte de proclamation, de se voir déprécié, déconsidéré ou dégradé par la publication de ses faiblesses passées ou présentes, et le préjudice de santé publique à moyen ou long terme d'une telle appréhension est dramatique.
Plus généralement, engageons-nous, liguons-nous, allions-nous pour nous représenter et faire valoir nos intérêts, qui sont ici plus essentiels que ceux des caisses ou des producteurs de médicaments !
11:28 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, hôpitaux, lamal, santésuisse, assurances, caisses maladie, secret, confidentialité, divulgation
12.08.2011
Connaissez-vous Clochemerle ?
Connaissez-vous Clochemerle ?
Ce truculent roman satyrique de Gabriel Chevallier, paru en 1934, décrit la vie des habitants d'un petit village du Beaujolais ; oui mais voilà, pour s'assurer durablement le pouvoir et réduire tant le clergé et les bigots que les notables réactionnaires, le maire décide de construire, tout à côté de l'église, du côté où la visibilité engendre la continuelle surveillance des grenouilles de bénitier, un édicule d'aisance, comprenez bien une pissotière.
Occupant ainsi l'esprit de toute la communauté par la présence de l'indésirable mobilier urbain, où personne ne pénètre pourtant tellement il est placé sous les regards de tous, le politicien dispose d'une étonnante liberté pour s'occuper des choses qui l'intéressent et dont plus aucun ne prend attention.
Quelquefois cette histoire se rappelle à ma mémoire par la lecture des manifestations et déclarations de certains des notables de notre politique locale, ou des mêmes choses juste à côté.
Ainsi donc lus-je ce compte rendu des plus sérieux portant sur le jugement par le tribunal fédéral, notre instance suprême, d'un litige opposant un acteur immobilier de la ville à l'Asloca, dont il n'est pas précisé si elle défend des locataires ou si elle se porte en avant pour elle seule.
Il s'agissait de la vente aux habitants de plusieurs petits appartements : apparemment pas de contrainte, pas de menace ni de congé-vente dans la relation des faits mais une violation de la LDTR, à laquelle une dérogation aurait été accordée sans que les conditions nécessaires soient présentes.
Ladite loi prescrit en effet l'interdiction de vendre des appartements précédemment loués dans les périodes de crise du logement, crise qui perdure depuis si longtemps qu'il parait évident que tout bien loué ne pourra pas être morcelé pour être vendu, s'il ne remplit pas les conditions autorisant des exceptions.
Mais l'agence qui organisait cette vente et qu'à vrai dire on voit souvent engagée dans des opérations comparables, placée devant un premier jugement lui interdisant les actes, ne s'en est pas contentée et a recouru à la haute autorité cantonale, puis fédérale pour être toujours déboutée.
Quant au jugement, il confirme une nouvelle fois la prépondérance de l'intérêt public à la préservation du marché locatif et invite l'administration à se conformer à l'interprétation de la cour de justice relative à la vente d'appartements par blocs.
Cependant d'autres remarques sont intégrées à l'article, émanant du président honorifique de l'Asloca qui s'extasie sur ces « arrêts les plus importants de ces 25 dernières années » et s'emballe, dans la défense de la LDTR, en affirmant qu'à chaque fois le département de monsieur Muller a accordé des dérogations de complaisance favorisant indument les propriétaires au détriment des locataires sans respecter la loi.
Eh, c'est qu'il parle de son bébé, de son grand œuvre cet homme-là !
Un grand-œuvre qui n'a pas, depuis trois décennies qu'il existe, empêché l'aggravation de la pénurie de logements ni l'ascension des redevances locatives, dont les limitations sont très inégalement efficaces et produisent parfois des paradoxes étonnants.
Sur sa lancée ou courant sur son erre, le voici maintenant qui déclare qu'il est urgent de mettre le service juridique du DCTI sous tutelle. Ah, mais je suis bien certain qu'il aimerait en être le tuteur, comme de tout le département et pourquoi pas de tout le gouvernement !
Car s'il termine en griffant Mark Muller, chef du département, ce n'est pas seulement parce qu'ils ne sont ni du même avis, ni du même parti mais bien parce que toujours il considère cette place comme la sienne propre, qu'il est inconsolable de ne plus avoir.
Cette place qu'il a perdue depuis deux décennies garde certes son empreinte mais il a eu grand peine à s'en écarter, souvenez-vous : son parti lui refusant une nouvelle candidature et une quatrième législature, il avait aussitôt tourné sa veste et changé de parti pour figurer quand-même sur les listes électorales au conseil d'état.
Quel ne fut pas son dépit devant les résultats du scrutin qui le privaient de ce siège tellement chéri !
Maintes fois encore et par tous les moyens sa voix sonne la charge pour conquérir le pouvoir perdu, mais les insistances à défendre toujours un immobilisme ne peuvent qu'assez mal cacher l'insuccès persistant de ces actions engendrées par lui et poursuivies par son successeur, conservatoires sans dynamisme ni stimulation du marché.
Car c'est la construction de nouveaux logements qui est nécessaire en priorité pour assainir le marché locatif, en grand nombre et partout où la possibilité est ouverte.
C'est aussi, par ailleurs, une stricte limitation des transactions spéculatives qui est nécessaire pour éviter l'envol effréné des prix à l'exemple de la bulle des années quatre-vingts, qui déchaina les faillites en domino et laissa blessée toute l'économie cantonale, notamment celle de la banque dont le procès s'est récemment tenu.
Mais ni sur le premier plan, ni sur le second les actions de Christian Grobet, non plus que de son successeur n'ont eu d'effet car ces actions n'y était pas destinées : pourquoi risquer son fonds de commerce devant une clientèle captive, il vaut bien mieux maintenir une doctrine anti-propriétaire et mener croisade contre les profits supposés de ceux-ci.
Nonobstant, c'est en grevant le droit du bail et en exigeant un rapport entre le rendement locatif et le prix de vente des biens que la spéculation sauvage et stupide pourrait être dominée, tandis que la limitation des ventes d'appartement ou l'encadrement des loyers ne sont que des mesures d'accompagnement utiles, mais insuffisantes et complexes à gérer.
Seulement cette orientation est beaucoup plus difficile, plus impopulaire surtout dans les milieux parlementaires et, comme elle taille des sources de profits parfois très rapides, elle n'a guère d'adeptes ni de soutiens.
Ne serais-ce pas le rôle d'une association de locataires de faire comprendre l'enjeu et la portée d'un tel changement, qui considérerait le logement non plus comme un marché commercial uniquement mais aussi comme le berceau de vie des habitants, leur nid, leurs racines et préférerait celui qui vit à celui qui possède ?
A la course au pouvoir, ces considérations philosophiques (hem) ont bien peu d'intérêt et celui-là, qui n'accepte toujours pas d'abandonner ce qu'il a perdu, semble servir d'exemple à Frédéric Hainard qui, démissionnaire par la force des circonstances, annonçait dans les quotidiens neuchâtelois son intention de paraitre sur les listes électorales de la Chaux-de-Fonds en 2012, quitte à créer son propre parti s'il n'est pas présenté par celui auquel il appartient.
Dans la comédie humaine, nombreuses sont les ressemblances quel que soit le lieu ou l'époque.
09:09 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immobilier, asloca, grobet, pouvoir, rivalités, partis
02.08.2011
S'amuser, faire la fête ?
S'amuser, faire la fête ?
Hier soir ou plutôt au petit matin, rentrant d'une conviviale et agréable soirée, j'aperçus sur le bord de la route, à l'entrée d'un carrefour, un homme aussi jeune que charmant qui quémandait un bout de conduite.
N'ayant aucun motif de résister à son juvénile attrait, je m'arrêtai et de la main lui désignai la place qui l'attendait ; il me dit sa destination et je lui confirmai l'invitation.
Marchant depuis un petit kilomètre, il se sentait outré du peu de solidarité des automobilistes et dit ne pas comprendre ses compatriotes helvétiques (et les miens), qui montrent aussi peu d'ouverture aux solliciteurs d'un partage de trajet noctambule.
A mon argument de la peur nocturne, il objecta la carrure de nombre des conducteurs qui l'avaient ignoré, dont l'indifférence et l'égoïsme seuls lui semblaient motiver l'attitude.
Apprentissage difficile de l'humanité pour ce novice de la société que cette confrontation du repli sur soi de l'être pourtant grégaire, qui bénéficie des avantages de la collectivité mais ne lui concède une participation que dans la mesure d'une obligation, souvent d'assez mauvaise grâce et sans complaisance.
Stéphane, le prénom qu'il se donna, bénéficie lui-même d'une automobile mais avait préféré sortir en piéton puisqu'il prévoyait de consommer de l'alcool ; il n'était pas ivre et rien dans son apparence ne faisait supposer aucune substance incommodante, sauf ce qu'il déclarait.
Il parlait clairement, raisonnait bien et s'exprimait avec cohérence mais aussi beaucoup d'ouverture, une vision saine et une approche cordiale avec quelque candeur certes, une disponibilité extériorisée malgré le dépit qu'il attestait.
Il montrait une posture positive et sociable qui néanmoins ne parait pas être adoptée par une écrasante majorité, à lire les faits divers actuels ou récents ; lesquels nous informent que dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune bâlois âgé de vingt-trois ans a frappé mortellement avec une bouteille un jeune italien de vingt et un ans dans une discothèque de Mykonos et qu'un argovien de quarante et un ans a, lui, été tabassé à mort dans un McDonald de Munich.
Dans ce dernier exemple, des entreprises de l'un des bagarreurs envers la compagne de l'autre pourraient être à l'origine de la rixe, tandis que dans celui-là l'agresseur déclare ne pas avoir voulu tuer et que c'est un accident, mais la présence d'alcool en excès est soulignée partout.
Antérieurement un habitant du Petit-Lancy tirait avec une arme à feu sur une adolescente qui l'avait repoussé, la blessant gravement, des collégiens en voyage en Italie assaillaient un serveur italien pour le voler tandis que d'autres s'attaquaient à un couple à Berlin, ou d'autres encore chargeaient les badauds des parcs de Munich, toujours avec une quantité notoire d'alcool.
Bien d'autres faits comparables se sont encore produits, alors que l'arrivée d'adolescents ou de jeunes adultes dans un état d'éthylisme qui fait craindre pour leur vie s'accroit dans les centres hospitaliers, et que la consommation et la vente donc de substances aussi illicites que dangereuses ne se manifestent pas en diminution et éclosent aussi dans les manifestations festives.
De quoi assurément s'interroger quant aux motivations des fêtards et quant à leurs attentes, tant au cours de la bombance que plus généralement, dans leur intégration sociale ou dans leur carrière.
Interrogation que l'on peut aussi élargir à la disponibilité et à la présence des excitants en tous genres au sein des groupes, dans la rue et même dans les écoles car l'omniprésence de l'offre facilite largement l'accroissement de la consommation.
Un ami me racontait récemment que lorsqu'il a voulu informer son fils, âgé aujourd'hui de quinze ans mais qui n'en avait alors que douze, de ce qu'était la drogue que peut-être il rencontrerait bientôt sur son chemin, il avait entendu « mais Papa, il y a de la drogue dans la cour de l'école ».
C'est ainsi qu'il faut informer les enfants de plus en plus jeunes et de choses de plus en plus nombreuses, puisque le même garçon raconta aussi à son géniteur que certains camarades de sa classe arrivent parfois le matin dans un état d'ébriété avancé.
Bénédiction pourtant, cet éphèbe ne manifeste d'attrait ni pour l'alcool, ni pour le tabac, ni pour les stupéfiants et dévoile une pensée aussi bien orientée que clairement structurée, tandis qu'il rencontre dans son cadre usuel et scolaire le côtoiement d'addictions particulièrement alarmantes.
D'aucun répètent avec insistance la question de l'environnement que nous laisserons à nos successeurs et des conditions naturelles dont ils pourront bénéficier, mais c'est aussi et largement des conjonctures mentales, sociales et sanitaires qu'il y a lieu de se préoccuper car l'évolution vers des recherches d'excès sensoriels, démonstratifs ou émotionnels répond à une ambiance, à un état de pressions ou de tensions, de « stress » en bon franglais, dans lequel notre population s'est enfoncée.
C'est en examinant l'équilibre et l'ouverture que nous leur proposons, en les améliorant et en les approfondissant, en les faisant connaitre mieux des premiers intéressés aussi que nous pourrons remettre en harmonie le milieu de développement de la jeune humanité qui nous survivra et de celle que nous contemplerons dans notre longévité.
Pour rencontrer encore un Stéphane qui rentre chez lui avec la tête sur les épaules, pour entendre souvent le récit d'un ami dont le fils parle ouvertement de ce qu'il voit sans y trouver rien d'attirant, il faut toujours tendre la main au quotidien en offrant un siège au passager qui le quémande mais encore et toujours communiquer, informer et écouter, permettre aussi l'expression de vie et d'existence dans la meilleure compréhension même si notre tranquillité en est un peu dérangée.
Gardons aussi dans la mémoire que nous avons eu nos excès et nos confrontations avec les « vieux », que notre manifestation, notre habillement, nos cheveux, la musique que nous écoutions ou notre façon de nous trémousser sur la piste ont déplu et dérangé, ont été vivement critiqués et parfois interdits et ont provoqué alors notre ire ou notre révolte, contre ceux qui ne comprennent pas et qui nous ont alors « empêché de vivre ».
Sortons enfin de l'axe permettre ou interdire et communiquons d'avantage, cherchons le langage qui convient pour y parvenir car le vocabulaire peut avoir changé, mais l'émotion et la sensation sont cependant similaires et la participation, l'échange et l'écoute sont aujourd'hui comme auparavant la première recherche des humains.
Alors, pourquoi refuser un transport qui ne nous coûte rien et nous donne une possibilité de communiquer, pourquoi opposer un préjugé négatif et manquer complètement d'éclectisme, de convivialité et d'ouverture ?
Notre seul risque est de rencontrer une personne moins accueillante, moins aimable ou moins compréhensible, tandis que notre chance est de croiser Stéphane et de trouver le privilège d'une sympathie qui nous donnera le sourire toute la journée.
09:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête, alcool, drogue, jeunes, société, auto-stop, convivialité, solidarité, complaisance
28.07.2011
Trottoirs, chaussées et stationnement.
Trottoirs, chaussées et stationnement.
Depuis plus d'une décennie, le parcage des automobiles dans le périmètre urbain est une ressource non négligeable de recettes par le biais des parcmètres de toutes catégories, quand ce n'est pas au bénéfice des garages souterrains ou en étages.
De manière croissante et déterminée, l'autorité pourchasse ainsi l'utilisateur de véhicule à quatre roues et le rançonne aussitôt qu'il s'arrête, le tolérant jusqu'à nonante minutes puis l'assujettissant à la traite forcée lorsqu'il a l'audace de séjourner plus longuement, par l'amende ou par les gages croissants des édifices concentrationnaires.
C'est que la voiture est devenue le monstre indésirable par excellence, que les doctrines écolo-socialo entendraient bien éradiquer totalement au profit des structures collectives et communautaires, dans l'unité d'un nivellement sans tolérance ni individualité.
Cet élan a pris depuis vingt ans si bien que, tandis que les quadricycles désertent l'espace des villes sous la pression des obstacles et des surcoûts, les bicycles avec ou sans moteurs, pétaradants, électrifiés ou seulement animés par les muscles se sont multipliés jusqu'à pulluler et envahir les promenoirs initialement réservés aux piétons.
Hormis le dérangement esthétique de cette invasion souvent complètement désordonnée d'engins de toutes formes, de toutes couleurs, de hauteur variable et de poids parfois notoire, l'encombrement se fait au détriment de la mobilité des piétons comme de l'agrément et de l'animation des espaces publics.
Bien souvent d'ailleurs l'espace de passage se restreint tant que la mouvance de poussettes ou de chaises roulantes doit se faire par la chaussée, nonobstant les inconvénients et risques de la circulation, alors que les allées larges ou parfois même étroites se partagent encore avec certains cyclistes ou motocyclistes, qui y trouvent plus de tranquillité, sans égards aux bipèdes de tous âges dont la sécurité est ainsi compromise.
Depuis longtemps, les usagers musculeux ou mécaniques à deux roues jouent ainsi des coudes à qui mieux mieux, les uns pour naviguer entre les files et les autres mobiles et les autres pour habiter les promenades ou s'y déplacer, contre les murs ou près des bordures, au milieu parfois et souvent en travers, quand encore ce n'est pas en actionnant vivement la sonnette ou l'avertisseur afin d'intimider et d'avertir les marcheurs.
Le recensement total est bien difficile mais ce ne sont pas moins de quarante-huit mille immatriculations de motocycles qui sont enregistrées à Genève, auxquels il faut ajouter les cyclomoteurs, les vélocipèdes et l'ensemble des engins bicycles extérieurs au canton qui amènent quotidiennement leurs utilisateurs au lieu de travail.
L'engorgement des étendues est tellement marqué que les autorités ont envisagé de soumettre au payement le parcage dans l'espace public et la création de places en sous-sol, à l'instar des parcs à voiture et des parcmètres.
Alors les places à ciel ouvert deviendraient accessibles pour une durée limitée et contre une taxe préalable, tandis que les emplacements intérieurs seraient offerts en marché libre ou en abonnement.
De la sorte les privilégiés d'aujourd'hui rejoindraient les payeurs et participeraient enfin à la contribution aux aménagements routiers ou aux finances publiques, comme ils ont commencé à le faire puisque deux mille cent onze amendes ou contraventions de stationnement ont déjà été notifiées cette année pour des stationnements abusifs de deux roues.
C'est ainsi que va s'étendre la guerre des parcmètres et son corollaire, la chasse aux papillons dans le filet des agents de la société des parkings, lépidoptères qui se reproduisent toute l'année et par tous les temps et qui, désormais, butineront autant les guidons que les essuie-glaces, sans doute dans une évolution ficelée ou auto-collée.
La législature en cours pourra bientôt se targuer de la création de nombreux emplois dans une profession en pleine expansion : percepteur de surtaxes de parcage, dites aussi amendes d'ordre.
01:13 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stationnement, trottoirs, encombrement, coût, contraventioons, amendes, taxes
25.07.2011
Sécurité et société.
Sécurité et société.
Il y a quelque temps déjà, les HUG Hôpitaux Universitaires de Genève, plus gros employeur du canton et véritable ville dans la ville, annonçait un renforcement important de ses dispositifs de sécurité.
Multiplication des accès contrôlés par le sésame des badges principalement, cette consolidation a pour objectif un meilleur filtrage des personnes accédant aux locaux car ce lieu, qui reste public, nécessite certaines garanties de sécurité.
A l'appui de cet engagement, l'institution cite des cas d'incursions inadéquates sous diverses formes : les utilisateurs des postes informatiques disponibles à plusieurs endroits que l'on retrouve endormis ne gênent pas tant parce qu'ils surfent gratuitement que par la persistance de leur séjour.
La multiplication de rencontres de sans-abris interpelle d'avantage, soit parce qu'ils se réfugient dans les locaux pour dormir, soit parce qu'ils viennent y prendre régulièrement leur douche.
Dans l'un ou l'autre cas, il s'agit d'une alarme qui ne doit pas être ignorée, tant parce qu'elle révèle une détresse grandissante que parce qu'elle signifie un besoin accru de structures d'accueil ouvertes, mais encore parce qu'il serait utile de comprendre ce qui amène cette amplification : paupérisation dramatique créant nombre de SDF ou immigration importante de sans-papiers ?
Une réponse s'impose en tous les cas car l'indignité humaine et sociale ne doit pas être tolérée, et le manque de refuge comme l'impossibilité de prendre soin de soi, de se laver et de rester propre mais aussi présentable, sont des carences inconcevables dans notre contexte.
La création de « point d'eau », initiative mise en œuvre par l'action de Noël Constant, auquel notre république devrait bien élever un monument pour l'ensemble de son ouvrage (feu-vert, la coulou, carrefour-rue, etc...), est certainement déjà une réplique mais elle pourrait arriver à sa limite et nécessiter une extension ou un doublement.
Les structures d'accueil existantes sont insuffisantes depuis un temps certain et pourraient bénéficier d'une plus grande ouverture, notamment dans les situations urgentes ou lorsque la carence financière ajoute à la détresse.
Car il ne faut pas négliger que l'équilibre et la cohésion d'une société dépendra toujours de sa capacité à prendre en charge et intégrer les plus démunis, les plus abandonnés et les plus éprouvés par la vie ; cette intégration est garante encore du respect général des individus et de leur dignité, qu'ils soient pauvres ou riches.
06:50 Publié dans Genève sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sans abri, prise en charge, sdf, structures d'accueil, intégration
18.07.2011
Information ou polémique partisane ?
Information ou polémique partisane ?
En prenant la direction d'un département resté plus de deux décennies en mains socialistes, Mark Muller s'attendait certainement à rester sous la vigilance critique des élus ou sympathisants mais c'est une véritable bataille rangée que lui livre aujourd'hui la presse, dont les cœurs battent on le sait largement à gauche.
Ainsi des fouineurs ont découvert qu'il est logé dans un appartement de sept pièces à Plainpalais, dont le loyer (sans charges) est de deux mille francs. Jusqu'ici, c'est de l'information et la recherche peut se justifier puisqu'elle permet de connaitre le contexte sain ou délétère de l'évolution d'un élu.
Dans le même esprit, il était justifié de vérifier l'existence potentielle d'un lien entre la redevance et la fonction, par exemple s'il s'était agi d'une propriété de l'Etat ou du bénéfice abusif d'un logement subventionné.
Aucun de ces exemple n'est relevé et aucune irrégularité n'est reprochée à l'édile, cependant que la véritable campagne menée contre lui par les quotidiens redouble d'intensité : n'y a-t-il pas un retour d'ascenseur ? demandent-ils l'un après l'autre en bons moutons.
Outre une entorse à l'éthique, qui impose un respect minimal de la présomption d'innocence (voire de la vie privée) et devrait imposer la discrétion, sinon le silence, lorsque les investigations n'ont pas eu de résultat, il faut bien relever qu'en passant cette limite, le chemin de l'actualité est détourné.
Sortant alors de la noblesse journalistique, qui s'efforce constamment à donner tous les éléments dans la meilleure objectivité et à ne se prononcer dans son empathie que de manière explicitement personnelle, les publicistes sont entrés dans l'action partisane en ajoutant à leurs appréciations des éléments plus nauséabonds : les insinuations, les suppositions sans bases, le saupoudrage des doutes et des malveillances.
C'est ce que confirme un regard critique sur les textes, puisqu'ils ont divulgué que la mensualité est au maximum de ce que permet la loi, donc qu'aucun avantage en nature n'a été concédé, que le propriétaire est privé et que les locaux ne sont soumis à aucune réglementation de revenu.
Pourtant, le titre annonciateur en première page est comment Mark Muller profite au maximum de la loi ; drôle de façon de dire, ce qui est révélé par l'article mais en a parte et en italique, qu'il a lui-même fait porter au plafond le montant qu'il paye !
En ajoutant mais comment ose-t-il profiter de la LDTR tout en la combattant l'article plonge dans la malhonnêteté car, s'il en combat certains aspects, il veille cependant quotidiennement à son application ce que personne n'a pu contester.
Puis en suggérant qu'il aurait dû laisser la place à une famille nombreuse il persiste dans la mauvaise foi car, en l'occurrence, seul le propriétaire est compétent à cette décision et devant une demande aussi solvable sa décision était rapide, tandis qu'il est douteux qu'une famille nombreuse sache le convaincre, sauf revenus supérieurs.
Les publications glissent par ailleurs sur un autre élément déterminant en utilisant le régisseur comme bénéficiaire potentiel d'un retour d'ascenseur tandis que, et le texte le confirme, il n'a fait que présenter ce dossier en premier au propriétaire qui a pris la décision. Rare sont en effet aujourd'hui les bailleurs qui laissent la décision libre à leurs gérants.
Il faut croire que l'examen du fouineur n'avait pas révélé une information assez utilisable dans la qualité du propriétaire, tandis que le régisseur est aussi promoteur et appelé à dialoguer avec le département, ce qui ouvre largement le champ des allusions.
Cependant un autre aspect pourrait avoir été négligé, volontairement ou non, car lorsque la LDTR restreint de cette manière la mensualité attachée à un appartement, le bien est souvent grevé de quelque défaut tel que l'absence d'ascenseur (pas de retour alors ?), de chauffage central et d'eau chaude, ou d'autres aménagements que le locataire pourra, s'il y est déterminé, réaliser à ses frais ou dont il devra se passer.
L'immeuble est ancien mais aucune information n'est évoquée de son état de confort et d'aménagement, ce qui est une sérieuse faiblesse de crédibilité peut-être volontaire. Il est certain qu'il n'offre ni garage, ni accès de plain-pied.
Quant à l'abord partisan, il n'est pas limité à la manière de disposer les titres ou les données liées mais se renforce encore lorsque, sous prétexte de comparaison, la mention est faite en exergue du refus des autres conseillers d'état de divulguer leur loyer tandis que les magistrats de la ville sont plus transparents.
Cette phrase renvoie à un encadré titré Quels loyers ? qui assortit de la mention « un porte-parole invoque la protection de la sphère privée » le refus du conseil d'état « in corpore » puis cite les chiffres déclarés par les conseillers administratifs, excepté Rémy Pagani qui exprime (avec raison) que sa vie privée ne regarde personne.
Pourtant cette citation des loyers des conseillers administratifs est tout aussi révélatrice par les commentaires et approfondissements éludés car cette assemblée est composée de quatre magistrats de gauche (deux socialistes, un à gauche toute et un vert) et un seul de droite ; elle mérite d'ailleurs une meilleure lecture.
Pierre Maudet, seul élu du parti libéral-radical, est l'unique aussi dont le loyer est indiscutablement conforme au marché libre mais parait plutôt mal logé, puisqu'il occupe un logement d'une pièce par personne (cuisine comprise) avec cinq occupants dans cinq pièces pour trois mille cent sept francs.
Sandrine Salerno précise n'être pas titulaire du bail de l'appartement dont on sait qu'elle le partage avec un autre élu socialiste, pour une redevance de deux mille deux francs avec cinq pièces également ; les revenus du couple ne sont pas si minces que la question du régime de location ne se pose en considérant le prix versé, mais l'information n'est pas donnée.
Sami Kanaan habite trois pièces et demie pour le coût de mil deux cent cinquante francs ; même si son bail, il le déclare, date de 1996 soit quinze années c'est un rapport très favorable et la même question du régime peut être posée.
Ester Alder, l'autre nouvelle élue, occupe trois pièces et demie dans une coopérative, pour un coût de huit cent cinquante francs ; comme une part de propriété existe dans le contexte coopératif, aucune appréciation n'est possible de la mensualité mais la question du régime reste.
Comme ces dernières données sont présentées sous le titre de comparaison, c'est une balance qu'il convient de faire : celle de la démarche d'implication sans aucun fondement d'un magistrat libéral, pour lequel la fouille n'a pas apporté d'élément autre que le bénéfice d'un dossier présenté en premier par le gérant, ce qui n'est qu'une politesse quoi qu'on en dise, que l'on oppose à une liste de chiffres d'autres magistrats présentés comme limpides parce qu'ils ont répondu mais sans qu'aucune question inquisitrice n'ait été posée, sauf celle du chiffre.
Deux poids donc puisque l'un est mis au pilori par toutes les formes du texte et de la mise en page, sans que rien ne ressorte que de bonne application du droit, tandis qu'aux autres on s'abstient totalement de demander même si leur habitat est propriété publique ou privée, ni surtout s'il est concerné ou non par les avantages publics ou fiscaux.
Citée depuis longtemps comme contrepouvoir, la presse se devrait de le rester en pratiquant l'information, plutôt que de disputer le pouvoir par la polémique perfide des arrière-pensées évoquées ou sous-entendues, conduite dans un battage acharné comme pour abattre l'ennemi.
Notre conception helvétique a toujours été plus marquée du consensus que de l'opposition et les bénéfices que le pays, ses communautés et ses habitants en ont retirés ne sont pas insignifiants.
Maintes fois déjà le peuple a manifesté son désir de rester dans cette ligne de conduite et le respect de cette détermination devrait imprégner aussi les médias, s'ils gardaient une considération des électeurs plutôt que de tirer à boulets rouges sur l'un ou l'autre magistrat qui n'est pas de leur parti préféré ou ne leur plait pas.
C'est à ses actes politiques qu'il convient de regarder un élu, à ce qu'il fait pour la chose publique et non à sa vie privée, à sa famille ou à l'intimité de son logement ; s'il a l'opportunité et le privilège d'un avantage acquis sans faire usage de son autorité ni transgresser aucune règle, que nous en chaut donc aussi longtemps que son action adroite profite à la collectivité qu'est l'Etat, soit aux citoyens.
Il serait au reste piquant et stupide de ne vouloir que des magistrats incapables de gérer avantageusement les circonstances, qui démontrent une qualité rare de perdant en endossant les baux les plus lourds et les moins avantageux : sélection parfaite pour réunir des incompétents dont l'électeur a su, jusqu'ici, se préserver.
05:12 Publié dans Genève, Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : logement, élus, mark muller, magistrat, conseiller d'état, journalisme, presse, information, objectivité, polémique
20.06.2011
Enrichi ou appauvri ? L'uranium.
Enrichi ou appauvri ? L'uranium.
Elément chimique classé dans les actinides, de symbole U avec un numéro atomique de 92, l'uranium est aussi un métal lourd comme le plomb ou le mercure ; largement présent en traces dans notre environnement, il est abondant dans les couches profondes de l'écorce terrestre.
L'eau du Rhône, donc du lac Léman, contiendrait 0,56 microgramme d'uranium par litre d'eau, tandis que l'eau de mer en contiendrait 3,3.
A l'état naturel, sa masse atomique est proche de 238 ; cependant l'armement et une grande partie de l'industrie de production électrique utilisent une caractéristique particulière, la capacité fissile c'est-à-dire d'éclatement du noyau sous un bombardement de neutrons rapides ou lents.
Seul l'isotope 235 d'uranium a cette faculté et cet isotope est présent à raison de seulement 0,7204 % dans l'uranium naturel. Or il faut une concentration de l'ordre de 5 pour cent pour l'utilisation de l'industrie civile et de plus de 90 pour cent pour la production d'une bombe.
Aussi la matière est-elle triée par centrifugation pour aboutir à la concentration souhaitée : c'est l'enrichissement en 235U. Par un simple calcul assez sommaire, la grande quantité de déchet apparait : en supposant une efficacité totale, c'est-à-dire qu'il ne reste aucun atome de 235U dans le rebut, la quantité résiduelle pour la production électrique serait de 6,94 fois plus grande que le produit utilisable.
Pour la production d'une bombe utilisant un kilo d'uranium enrichi, ce ne sont alors pas moins de cent vingt-cinq kilos d'uranium qu'il aura fallu utiliser et qui resteront un solde « appauvri » de l'échange.
Bien entendu, la recherche d'optimisation des opérations abandonnant une partie résiduelle dans le rejet, on estime à huit fois la quantité d'uranium appauvri produite pour une quotité utilisable par les fournisseurs d'électricité et entre 0.2 et 0.4 pour cent la présence de 235U dans l'uranium appauvri.
Dans un esprit de bonne gestion que ne désavouerons pas même les écologistes, il est facile d'imaginer que les exploitants ont cherché des débouchés afin de valoriser l'importante quantité de résidus.
D'une densité forte, ce métal dur restait cependant compliqué à diffuser puisqu'il demeure radioactif et par ailleurs, comme d'autres métaux lourds, d'une grande toxicité. Mais sa caractéristique de rebut lui apporte une qualité particulière, il est peu coûteux.
Ainsi sera-t-il utilisé assez largement dans l'aéronautique et dans la marine comme lest, pour les quilles de voiliers mais aussi pour les gouvernes d'aviation. De nombreux aéronefs construits par Boeing et McDonnell-Douglas en ont été équipés.
La « valorisation » d'une matière quelle qu'elle soit passe évidemment par l'examen de ses qualités bonnes ou mauvaises : la dureté et la rigidité du métal en fait partie mais l'uranium en a une autre, qui n'est pas courante et peut être d'un grand intérêt : la matière est pyrophore.
Ce terme particulier désigne un corps qui s'enflamme au simple contact de l'air, dans des conditions particulières, ici dès les environs de six cents degrés. A première vue, ce n'est pas forcément un avantage et il faut prendre l'angle de vue destructeur d'un usage militaire pour bien comprendre.
Ce métal d'un poids atomique et spécifique élevé est dur et rigide, soumis à un choc violent il résiste à la déformation et montre une forte capacité de pénétration, donc de perforation, qui en fait un projectile efficient susceptible de transpercer un blindage performant.
Après le choc, dans l'action de perforation, la cinétique et les frottements vont l'échauffer fortement, jusqu'à sans doute plus de mille degrés : les conditions incendiaires sont alors réunies et à l'action mécanique se joindra l'effet pyrogène et même la fusion des métaux, portés à très hautes températures.
De quoi apporter une excitation certaine dans l'esprit destructeur des faiseurs de guerre, que cette action conjointe d'un projectile perforant et d'une bombe incendiaire projetant du métal en fusion et en feu : la réalité est pire encore.
L'obus-flèche, pour exemple, est équipé d'une tige pointue en uranium d'environ vingt-cinq centimètres, il est projeté à une vitesse élevée de l'ordre de 1500 m/s ; lors de l'impact, son énergie cinétique est appliquée à une surface d'environ 40 mm2, créant une énorme pression qui troue le blindage ; l'uranium s'échauffe en pénétrant et atteint sa température de fusion, puis se mélange à l'acier pour surgir à l'intérieur de l'habitacle en projections de métal en fusion qui s'enflamme.
Au cours de la première guerre du golfe (1991) ces munitions ont été officiellement mises en services. Elles ont démontré leur remarquable capacité de dévastation reléguant au rang de ferraille les chars conventionnels cependant que les blindages de la coalition, comprenant également de l'uranium, n'ont pas été soumis à une véritable épreuve puisque les adversaires ne possédaient pas de munitions à l'uranium.
Mais les succès enregistrés par l'action guerrière des Etats-Unis au moyen de ces nouvelles munitions ont marqué un point d'armement et de marketing puisque depuis, leurs ventes de munition mais aussi d'uranium appauvri se sont développées.
Quelques milliers de tonnes ont en effet fait l'objet de commerce entre la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ; les deux premiers possèdent pourtant eux-mêmes une certaine quantité de cette matière parmi leurs déchets nucléaires mais, sans doute, une préparation longue à mettre en place était-elle nécessaire pour qu'ils s'approvisionnent, peu après le conflit de 1991, auprès du dernier pays.
La prolifération de ces munitions est manifestement abondante et il semble que le nombre de nations qui en sont aujourd'hui équipées est bien plus grand que celui des « puissances nucléaires », puisque même Taiwan en serait actuellement pourvu.
C'est que la classification de ces matériels est toujours conventionnelle, bien que la radioactivité du matériau impose certains contrôles et que la recommandation de confinement demeure la règle absolue : les méthodes de confinement sont cependant bien incertaines dans les conditions de la munition, d'autant qu'il parait que même la munition des armes légères soit actuellement réalisée dans cette matière.
C'est une forme bien différente puisqu'il s'agit d'armes de combat anti-personnel et non plus de nécessités de perforation de blindages ou de bunkers, mais toutes les munitions de guerre semblent aujourd'hui se fabriquer dans ce même métal sans qu'une documentation précise le but de son utilisation : vitesse, perforation ou toxicité ?
La guerre cependant fait perdre rapidement toute notion d'humanité et de respect, toute considération de ce qui n'est pas efficient dans le seul sens de la destruction.
Ni les motivations de l'action, ni la conduite ou les conséquences destructives ne sont mon propos. Il n'existe aucune guerre propre, aucune frappe chirurgicale ni aucun combat sain ou saint : l'action belligérante est par nature une destruction, elle est négative et ne donne que des pertes pour tous les participants et pour ceux qui subissent les dommages collatéraux.
Alors même que de grands mouvements se développent contre l'utilisation nucléaire civile après les déboires japonais, dont une centrale est qualifiée aujourd'hui de catastrophe atomique, la prise de conscience est encore faible des conséquences de l'évolution des armements, dont les suites pourraient être pourtant infiniment plus graves.
Aux dommages des radiations qui font tellement peur à tous les mouvements anti-nucléaires, il faut encore ajouter les réalités de la toxicité des matières ingérées, inhalées ou même absorbées par la peau.
Car la combustion du matériau en volatilise jusqu'à 70 % sous forme de particules d'une taille inférieure à cinq microns, qui sont donc respirables et capables même de pénétrer à l'intérieur du corps par l'épiderme, sans orifice ni blessure, et cette matière largement oxydée se disperse dans l'atmosphère en un gigantesque aérosol volatile.
Or ce métal lourd, sans prendre en compte sa radioactivité, entraine lorsqu'il est ingéré de graves troubles neurologiques et d'importantes perturbations de la multiplication cellulaire et, si la primauté de ses inconvénients radioactifs a quelque peu écarté sa nuisance toxique de l'attention, elle ressort cependant fortement dans ce qu'on a appelé syndrome du golfe.
La mise en évidence de cet ensemble de troubles de la santé chez les soldats ayant servi lors du premier engagement de la guerre en Irak, ainsi que chez les humanitaires ou les civils expatriés intervenus sur place, était rapidement fort inquiétante : avec un peu de recul, les suites sont éloquentes et effrayantes.
Dès 1974 pourtant, un groupe d'étude du ministère de la défense des Etats-Unis écrivait Dans des situations de combat impliquant l'utilisation courant de munitions à uranium appauvri, les possibilités d'inhalation, d'ingestion ou d'implantation de composés d'uranium peuvent être localement importantes mais la considération du matériel humain n'est pas non plus très grande dans les armées.
En 1979, une usine d'armement proche d'Albany, dans l'état de New-York, laissa échapper des particules d'uranium appauvri. A quarante-deux kilomètres de là, des particules de cette fuite seront découvertes par Leonard Dietz, physicien nucléaire, dans un filtre de laboratoire.
L'entreprise sera fermée l'année suivante parce qu'elle libérait chaque mois 386 grammes de poussières d'uranium appauvri dans l'atmosphère et que le nettoyage des propriétés contaminées eut un coût de plus de cent millions de dollars. Autant dire que les champs de bataille ne seront jamais décontaminés, eu égard au coût et à la dimension.
Un autre aspect est de savoir quelle possibilité de protection pourrait exister car des particules inférieures à cinq microns sont susceptibles de pénétrer les meilleurs filtres à air et les meilleures membranes de protection. Mais les armées en restent à nier toute corrélation entre les troubles sanitaires des soldats et les munitions utilisées.
Cette dénégation garde une certaine efficacité puisque nombre de militaires français ont plutôt impliqué un médicament préventif ou les vaccins pris dans un délai trop court ; l'Italie s'est fortement émue après le sixième décès par leucémie intervenu dans le groupe de ses soldats revenus de Bosnie et le ministère a nommé une commission médicale spéciale et ouvert un numéro vert, en 2000 déjà, nonobstant sa contestation de tous liens existant entre ces décès et l'action en ex-Yougoslavie.
Dans cette même année et pendant la suivante, l'Europe politique a mis en cause l'uranium appauvri utilisé dans les munitions ; le ministre belge de la défense a demandé à son homologue suédois, dont le pays assurait la présidence, une ouverture commune des données des pays européens tandis que l'Espagne lançait une enquête médicale auprès des 32000 militaires ayant servi dans l'ex-Yougoslavie.
Selon une étude sur un groupe de 250 soldats de la coalition de 1991 ayant procréé, 67 % des nouveau-nés conçus après la guerre seraient nés avec des malformations.
Néanmoins ce sont toujours des munitions à l'uranium appauvri qui sont déversées par l'Otan sur la Lybie et il est difficile d'ignorer complètement leur utilisation actuelle en Afghanistan, au Pakistan tant par l'armée locale que par les étatsuniens (néologisme phonétiquement barbare mais au moins précis), en Irak mais aussi en Palestine pourtant densément peuplée et probablement en Syrie.
L'Irak, pays martyr au premier plan par la quantité de ces munitions déversées après deux guerres et une persistance de guerre civile, est envahi par les conséquences visibles tandis que l'information est feutrée.
L'évolution sanitaire de la population irakienne montre une progression impressionnante des pathologies oncologiques parfois complexes, une même personne souffrant de plusieurs cancers différents simultanés ou successifs tandis que cette maladie se propage souvent à l'intérieur des mêmes familles.
Les nouveau-nés présentent tant de malformations que chaque famille renferme au moins un bébé monstrueux.
Aux Nations Unies, la sous-commission des droits de l'homme a adopté en 1996 une résolution (N° 96/16) inscrivant les armes à l'uranium appauvri dans la liste des matériels qui doivent être éliminés, au même titre que les armes chimiques, bactériologiques, à fragmentation ou incendiaires.
Cependant la gouvernance étatsunienne, forte de sa position dominante et de ses succès armés, a su avec l'appui de ses alliés politiques, imposer une norme d'irresponsabilité des instances militaires à l'égard des conséquences environnementales et sanitaires, fussent-elles envers ses propres soldats, à plus forte raison envers les nations lointaines du sol patriotique.
Voilà donc un extraordinaire succès économique de valorisation des déchets les plus encombrants, qui finissent en grande partie pulvérisés en particules fines dans des décharges à ciel ouvert, sans plus engendrer la moindre responsabilité ni obligation, mais après avoir pourtant produit de nouveaux et confortables bénéfices à l'industrie par leur transformation en munitions.
Ponce Pilate s'était contenté de se laver les mains !
04:49 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : radioactivité, toxicité, uranium, armement, empoisonnement, contamination, pollution, santé, dommages, munitions
11.06.2011
Héritage d'un autre temps, la charge d'huissier judiciaire !
Héritage d'un autre temps, la charge d'huissier judiciaire !
Les références de la profession remonteraient au droit romain où les « executores » étaient chargés d'appliquer les décisions des juges tandis que les « apparitores » assuraient la police des audiences.
La justice du moyen âge déléguait aux sergents la mise en forme des actes et les significations comme l'exécution des décisions seigneuriales tandis que les huissiers avaient en charge le service intérieur des audiences.
Cependant progressivement, peut-être par la proximité des seigneurs et des magistrats, les huissiers devinrent les officiers des juridictions importantes tandis que les sergents furent relégués aux juridictions de second ordre.
Sacralisation sans doute de la charge, ils furent distingués par un costume bien visible, bigarré puis rayé, et par une baguette spécifique appelée verge, dont la tradition des XIVème et XVème siècles faisaient le symbole de délégation de l'autorité royale.
Ainsi l'huissier, pour assujettir quelqu'un, le touchait de cette verge : dès ce contact le sujet lui devait obéissance et soumission.
Un anneau d'argent porté au pouce (c'est presque moderne) lui servait à sceller les relations de ses exploits.
Au gré des pouvoirs, des juridictions et des sociétés évoluèrent les costumes et les symboles, robe de laine ou de satin noir, simple bonnet ou toque de velours à cordon d'or selon l'ampleur que le lieu, le seigneur ou l'emploi accordait.
Au XVIème siècle, l'obligation du costume se perdit au profit d'un écusson à trois fleurs de lys sur l'épaule qui complétait la verge.
C'est probablement dans la continuation du décret impérial du 14 juin 1813 qu'il faut voir la source de l'actuelle fonction des huissiers de justice, lequel reprend des textes anciens le mode de nomination, les connaissances requises et les attributions de ces officiers.
Dans notre vingt et unième siècle, la verge ou le costume ne sont évidemment plus des éléments de la fonction puisqu'ils ont été définitivement abandonnés par le droit napoléonien, mais la France, berceau du concept de la fonction, montre encore un niveau d'exigence très élevé pour admettre à cette charge.
Détenteur d'un master en droit, l'aspirant huissier doit accomplir un stage en étude de deux ans au cours duquel il suivra une formation spécifique.
Le stagiaire, appelé aussi clerc-expert, pourra alors être admis à passer l'examen des épreuves écrites, de la réussite duquel dépendra son admission à passer les épreuves orales portant sur l'ensemble du droit, la déontologie et la comptabilité.
Ses charges sont larges puisqu'il gère, dans ce pays, presque entièrement la procédure de recouvrement tandis qu'il reste chargé des notifications de citations et assignations, de jugements et ordonnances et des procédures d'expulsion.
Lorsqu'il prend fonction dans une étude, il indemnise son prédécesseur ou acquiert ses parts de la société civile, c'est donc une charge négociable et transmissible à un détenteur du titre professionnel.
Dans notre petite république de Genève, la chambre des huissiers judiciaires informe que :
L'huissier judiciaire est un officier ministériel au même titre qu'un notaire. Il est nommé et assermenté par le Conseil d'Etat. C'est une profession libérale indépendante qui n'est pas inscrite au registre du commerce. Elle est en outre soumise au "numerus clausus" qui est de 9 huissiers pour le canton de Genève. La profession d'huissier judiciaire n'existe qu'à Genève et est issu (sic) du Code Napoléon. L'huissier judiciaire a le monopole des ventes aux enchères volontaires à Genève, il procède à des inventaires estimatifs ou quantitatifs, il dresse les protêts pour effets de change, exécute les jugements et saisies provisionnelles, signifie les actes judiciaires et sous seing privé et enfin dresse les procès-verbaux de constats de toutes natures.
« N'existe qu'à Genève » se rapporte certainement à ce qui est intérieur à la Suisse puisque de nombreux pays d'Afrique, d'Amérique et d'Europe sont représentés à l'Union Internationale des Huissiers de Justice.
Pudibonderie au reste que de ne pas mentionner les exécutions forcées, dont les évacuations, laquelle pruderie est partagée par la loi sur la profession (E 6 15) lorsqu'elle définit les attributions.
Au cours d'un récent débat du grand conseil sur la procédure applicable par le tribunal des baux, la députée rapporteur de minorité insistait pour obtenir la signification du jugement par huissier judiciaire, afin que la solennité incite les réactions des justiciables.
Cependant la pratique n'est pas aussi exigeante, bien que la loi édicte « Les huissiers judiciaires sont tenus de procéder personnellement aux divers actes de leur ministère », avant de compléter « Ils peuvent toutefois se faire remplacer aux audiences des tribunaux par un clerc majeur agréé par le président de la juridiction » et même « Ils peuvent également, sous leur responsabilité, faire dresser les protêts, faire notifier des actes et citer des témoins par un clerc majeur, autorisé par le département de la sécurité, de la police et de l'environnement ».
Le cérémonial est déjà bien incertain mais la pratique l'est plus encore, puisqu'après avoir tenté une première démarche au domicile, l'huissier glissera simplement un avis dans la boîte à lettres invitant à retirer un acte au commissariat de police, auquel il le remettra. Ainsi l'acte sera réputé délivré par son ministère.
Les fonctions pourtant qui sont dévolues à ces officiers ne sont pas sans importance puisqu'ils auront, dans l'exécution de jugements et l'exécution forcée en particulier, une totale autorité que leur délègue le pouvoir judiciaire.
Dans cette responsabilité en particulier, ils ont théoriquement l'obligation de s'assurer que les conditions, et non seulement le texte du jugement, sont conformes à la loi ; ils ont aussi une responsabilité morale et humaine lourde, dont on suppose qu'ils ont la conscience et la capacité de l'assumer pleinement.
Quel est donc le bagage sur lequel l'autorité compétente sait qu'ils pourront se fonder ?
Il est défini par l'article 4 de la loi :
Pour être nommé aux fonctions d'huissier judiciaire, il faut :
a) Être citoyen suisse, âgé de 25 ans révolus et domicilié dans le canton ;
b) Jouir des droits civils et politiques ;
c) Justifier d'une formation et d'une expérience pratique suffisantes ;
d) Avoir subi avec succès un examen portant sur les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à l'exercice de la profession ;
e) N'être l'objet d'aucun acte de défaut de biens ni être en état de faillite ;
f) Ne faire l'objet d'aucune condamnation pour un crime ou un délit relatif à des faits portant atteinte à la probité et à l'honneur.
Aucun diplôme précis, aucun titre sinon la citoyenneté et l'examen. Quel est-il donc ?
C'est le règlement sur l'exercice de la profession qui nous l'apprendra ; il y a des épreuves écrites qu'il faut réussir en premier :
a) Une composition sur un sujet en rapport avec les connaissances que doit posséder un huissier judiciaire ;
b) La rédaction d'actes de poursuite.
Puis il y a les épreuves orales :
a) Le droit civil et le droit des obligations ;
b) La procédure civile ;
c) La législation sur la poursuite pour dettes et la faillite ;
d) Les éléments du droit public fédéral et cantonal ;
e) La législation fédérale et cantonale sur les ventes aux enchères publiques.
Et pour la commission d'examen, c'est la commission de surveillance des huissiers judiciaires qui exerce la fonction. C'est elle uniquement qui apprécie la valeur des diplômes et peut le dispenser de tout examen si elle juge les titres présentés suffisants.
Outre que manque manifestement la mention du droit du bail et du droit de la famille, qui sont déterminants dans le cas des évacuations, la légèreté des formes d'exigences et l'aspect extrêmement fermé de la « cellule professionnelle » a de quoi laisser songeur.
Autant la loi sur les constructions et transformations est complexe et détaillée, au point d'en devenir chicanière, autant celle-là donne l'impression d'une république bananière !
Dans ma république où ne poussent de bananes qu'au jardin botanique et encore dans une serre, cette sensation me dérange.
21:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : huissier judiciaire, profession, droit, exécution forcée, compétence, examen, lois
05.06.2011
Le père nouveau !
Le père nouveau !
A la saison printanière éclosent les innovations, pommes de terre nouvelles ou carottes nouvelles, poireaux nouveaux et nouveaux radis. En automne c'est le vin qui se renouvelle et sort en primeur.
Le rythme des évolutions sociales est beaucoup plus lent certes, mais il progresse pourtant résolument et nous amène aussi des inédits, des rénovations, des fraicheurs ou des rafraichissements.
La paternité s'est ainsi orientée vers une importante mue au cours du vingtième siècle pour se trouver, en ce début de vingt et unième, devant la nécessité d'une véritable métamorphose.
Modèle du dix-neuvième, l'autoritaire chef de famille opposé à la femme au logis élevant ses enfants a été confronté à la contestation de mouvements sociaux, dont les suffragettes n'étaient que les prémices, tandis que la place sociale mais aussi les aspirations sociales tant des femmes que des descendants évoluaient.
La cellule patriarcale, contestée en son sein comme dans l'ensemble social, a perdu son rôle et fini par éclater, laissant derrière elle sa rigidité parfois inhumaine mais aussi la sécurité de sa structure immuable.
Entraînant dans sa chute les irrévocables rôles imposés par un concept tranché où s'opposaient le pouvoir et le bien d'une part, le devoir et l'assujettissement d'autre part cette notion du chef de famille, autorité et juge à la manière romaine, puis féodale, a laissé la place à une nouvelle composition pour chacun.
Dans la seconde moitié du vingtième siècle, une première adaptation de la législation a supprimé la notion du chef de famille pour établir la décision commune des époux.
L'indépendance patrimoniale a par ailleurs été consacrée par le nouveau droit qui laisse à chacun la disposition de son bien, le devoir d'une participation proportionnelle à ses moyens aux charges communes et la revendication pour chacun de la moitié des acquêts de l'autre.
La société dans son ensemble et les individus dans leur majorité ont également beaucoup changé pendant cette période, l'émancipation des femmes initiant de grandes remises en question de ce qui était précédemment établi.
Si le principe d'égalité, que l'on dirait mieux équivalence, a été largement établi, bien que son application reste incomplète, la dévolution demeure cependant encore largement différentielle puisque la garde des enfants, en cas de séparation, est encore aujourd'hui attribuée à la mère sauf exceptions.
Pourtant tandis que les femmes aspiraient toujours plus à un engagement social et professionnel, les hommes débarrassés du carcan que le rôle d'autorité leur imposait ont appris à découvrir leur sensibilité, jusqu'alors masquée voire interdite par leur devoir-être.
Ainsi voit-on maintenant et de plus en plus les pères prendre soin de leurs enfants, se promener avec des landaus et déployer une grande tendresse, une profusion d'attentions et d'émotions, de délicatesses envers leurs bébés.
D'autre part avec la modification des rôles et l'évolution des mœurs, le mariage a cessé d'être considéré comme nécessaire par de nombreux couples et beaucoup organisent leur vie commune avec leurs enfants sans emprunter jamais le chemin de la mairie.
Néanmoins tandis que le droit établit clairement la situation de la mère envers l'enfant, ce n'est, encore aujourd'hui, que lorsqu'il se marie que le père voit son statut prendre réellement une forme différente du simple payeur de charges, voire de pension alimentaire.
Une récente initiative parlementaire déposée par le conseiller national Hugues Hiltpold le quatorze avril dernier préconise enfin une responsabilité comme un droit indépendant de l'état-civil à l'égard de la filiation.
Pour la première fois, un texte proposé implique que le père et la mère, indépendamment de leur état-civil, sont responsables dans la même mesure de la prise en charge et de l'éducation de leur enfant.
Pour la première fois également le texte proposé prévoit que Dans l'intérêt supérieur de l'enfant, le juge ne peut retirer la responsabilité parentale de l'un, ou des deux parents, que lorsque l'incapacité de l'un ou l'autre ou encore des deux est démontrée.
Deux innovations importantes surviennent dans cette initiative : la consécration du droit du père non marié et le partage inaliénable de la responsabilité parentale.
C'est dans le même sens que Simonetta Sommaruga a décidé récemment d'accélérer le dossier de la responsabilité parentale commune, sous la pression des organisations de pères.
Quelle bénédiction si, enfin, les pères célibataires deviennent, par la même modification de la loi, des pères à part entière !
Quel plaisir aussi de les voir enfin comme pères et non comme patriarches, comme parents affectifs et non comme autorité de sanction, comme donneurs d'Amour et non comme producteurs de ressource financière !
Le père nouveau est un être de chair, de sang, mais aussi d'Amour, de tendresse, de caresses, d'attentions...
04:19 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : famille, divorce, père, enfant, filiation, parents
30.05.2011
Le naturel se défend !
Le naturel se défend !
Mardi noir ce vingt-quatre mai pour la gendarmerie bernoise de l'Emmental : aucun rapport avec les gros trous mais plutôt avec le décès d'un agent de trente-neuf ans, blessé au ventre par une balle tirée de l'intérieur d'un appartement qu'il était chargé d'investir.
Naturellement on ressent une grande compassion pour le représentant du pouvoir, pour sa famille en deuil et pour l'entourage meurtri par ces évènements, mais les circonstances suscitent aussi une réflexion plus large et de la commisération pour celui qui est devenu meurtrier.
C'est en effet avec la mission d'expulser le locataire de son appartement que les fonctionnaires (deux gendarmes et un employé de l'office des poursuites) se sont rendu audit appartement.
Ainsi menacé dans son antre, c'est un fauve qui a répliqué car il se sentait menacé dans son existence, ce qu'il était puisqu'au-delà de l'identification que comprend le logis, plus loin que le simple refuge, havre de paix ou repli de sécurité, le domicile est un élément essentiel et indispensable de notre subsistance sociale.
Si la cause de cette perte de domicile n'est pas donnée par les informations, il est facile de la déduire de la présence d'un fonctionnaire de l'office des poursuites. L'homme était probablement harcelé par son impécuniosité.
Quelle que soit la justification cependant, l'exclusion du domicile est une démarche contre nature, un acte barbare, qui porte gravement atteinte aux droits fondamentaux d'un individu et dont la persistance parmi les actes judiciaires de notre société démontre seulement les trop courtes limites de notre engagement humain.
L'impossibilité de préserver ce fondement de la dignité individuelle ne saurait être défendable dans une société structurée et développée, capable donc d'organiser et de financer sa revendication de civilisation et son respect des droits humains.
C'est cependant au sein de cette peuplade nantie et privilégiée, dans ce berceau d'activités humanitaires et de maints organismes de défense et de promotion du respect des individus, que perdurent encore de semblables actes par lesquels un être se trouvera déchu d'un constituant indispensable de son existence.
L'actualité du sujet n'est pas limitée non plus à l'Emmental ni au canton de Berne car le grand conseil genevois débattait vendredi des dernières modifications des lois d'application cantonales, consécutives à l'adoption du code de procédure civile fédéral.
Or donc et justement venait à l'examen la signification des jugements et leur notification aux justiciables, que les socialistes souhaitaient réalisée par huissier judiciaire au moins un mois avant l'exécution.
Rapporteur de la majorité, Olivier Jornot aurait simplement répliqué cela ne changerait rien car, s'il s'agit d'une exécution d'évacuation, il est trop tard, il n'y a plus rien à négocier.
A ne pas respecter la dignité humaine, on peut aussi finir par perdre la sienne car jamais la force de la chose jugée ne sanctifie la barbarie.
Mais la réalité est bien qu'il est alors trop tard : c'est au moment de la conciliation qu'il aurait fallu faire intervenir, impérativement, l'action sociale alors que la nouvelle forme adoptée a, au contraire, supprimé cette conciliation lorsqu'il y a retard de payement.
Cette suppression est au demeurant assez aberrante puisqu'elle évince la seule démarche amiable, mais encore la seule partie qui pouvait appeler l'intervention des services sociaux.
Ce n'est pas la seule dépersonnalisation de responsabilité du nouveau déroulement d'une évacuation, puisque c'est le même tribunal des baux qui décidera désormais de l'exécution des jugements qu'il aura rendu : il serait bien surprenant qu'il se désavoue jamais.
La protection des intérêts du bailleur, en lui concédant des pouvoirs effectifs discrétionnaires dès lors que le débiteur n'a pas couvert le montant de la mise en demeure dans le délai impératif, constitue non seulement un privilège effectif et fort de la créance locative mais encore un vrai droit médiéval de disposer du locataire insolvable, d'en arrêter la mort sociale ou réelle.
Dans cette orientation, c'est un droit de terreur qui est octroyé sans discernement au bailleur tandis que le législateur tend à protéger le locataire par des restrictions des possibilités d'augmenter les redevances ou de résilier les baux.
Sacralisant ainsi la mensualité versée, le droit consacre ainsi le pouvoir de l'argent au-delà de toute mesure, en donnant latitude de radier purement et simplement de son statut social et même de sa dignité propre celui qui défaille de cette obligation pécuniaire.
Cette disproportion est d'autant plus criante que le manque de vacance accroit fortement la tension du marché et rend impossible de contracter un nouveau bail sans faire une démonstration forte de solvabilité.
La pratique actuelle en la matière est en effet de n'envisager une entrée en matière que lorsque le revenu mensuel démontré dépasse l'équivalent de cinq fois le loyer envisagé, en plus de l'exigence d'une absence de poursuites.
C'est dire la difficulté que représente la recherche urgente d'un nouveau logement pour celui qui aura perdu cet inestimable bien : un bail valide.
06:07 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : evacuation, bail, logement, expulsion, loi, lois, exécution forcée
16.05.2011
Kasha Jacqueline Nabagesera, prix Martin Ennals
Kasha Jacqueline Nabagesera, prix Martin Ennals
Perpétuant la mémoire d'un homme qui fut un pionnier de la défense de la dignité humaine, de la liberté politique, de la justice sociale et de la paix, secrétaire général de Amnesty International de 1968 à 1980, actif par ailleurs dans la création de Huridocs, de SOS Torture, de Défense des Enfants International, de Article 19 (pour la liberté d'expression) et de International Alert, la fondation Martin Ennals a été créée par onze organisations mondiales défendant les droits de l'homme.
Chaque année, elle décerne un prix de CHF 20'000.00 à une personne ou à une organisation pour son combat courageux et remarquable contre les violations des droits humains.
Le montant est destiné à servir l'action mise en exergue mais sa détermination est surtout de tendre à protéger, par la notoriété, ceux que leur engagement met en danger.
Pierre Claver Mbonimpa, bénéficiaire cette année du prix Henry-Dunant, dont l'action s'applique aux conditions carcérales et judiciaires au Burundi, qui fit l'objet d'un article dans ce blog, a reçu le prix Martin Ennals il y a quelques années.
Aujourd'hui, le jury composé de personnalités des organismes fondateurs a distingué par cette nomination Kasha Jacqueline Nabagesera, femme ougandaise fondatrice et dirigeante de Freedom and Roam Uganda (FARUG), importante organisation de défense des droits des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenre).
Hans Thoolen, président du jury décernant, salue en la lauréate une femme exceptionnelle d'un courage rare, qui au péril de sa vie se bat pour la dignité humaine et les droits de la communauté homosexuelle et des personnes marginalisées en Afrique.
C'est une belle reconnaissance, mais c'est pourtant encore peu dire en regard des réalités vécues et de la situation dans son pays, où les minorités et particulièrement ces minorités font l'objet d'agressions, de harcèlement et même de déclassement, d'une extrême ségrégation.
Ayant rencontré des brimades et des sanctions dans les écoles pour les lettres sentimentales qu'elle écrivait à l'égard de filles, elle est devenue militante universitaire dès 1999 mais sera temporairement exclue de l'université en 2001.
En 2003, son action deviendra politique en créant, avec deux collègues, FARUG dans l'Ouganda qui interdit et stigmatise l'homosexualité.
Et lorsque j'ai compris qu'être homosexuel était illégal en Ouganda, déclare-t-elle, je n'ai plus regardé en arrière : j'ai cherché une solution au problème. Et je cherche encore, jusqu'à ce que la mort m'en empêche.
Par des opérations d'informations, de plaidoiries, de réseautage avec les organisations et les services sociaux, de lobbying auprès des instances politiques ou judiciaires elle apporte un soutien constant aux individus et communautés de son pays.
Recherchant des stratégies d'action, des sensibilisations et des recherches d'expression et d'approfondissement des sexualités marginalisées, des recherches aussi pour trouver des solutions aux problèmes sanitaires du VIH, elle est en constante lutte au premier plan.
Sur cette dernière question, elle compile et rédige en ce moment un rapport afin d'agir par pressions auprès de la commission nationale de lutte contre le SIDA, qui ne comprend pas de représentation LGBT et ne développe aucun programme spécifique.
L'aide qu'elle tend à apporter est aussi multiple car l'une est mère célibataire, l'autre est au chômage, tel(le) est sans logement et à chacun elle veut donner un soutien.
En 2008 elle ressent la nécessité de créer une équipe de sécurité pour les LGBT : parce que les situations de harcèlement sur le lieu de travail, au logement, dans le village, par la famille même sont multiples et d'un grave danger.
Pour diriger cette équipe constituée sous la dénomination SMUG (sexuals minorities Uganda), elle choisit son collègue David Kato, parce que ce sujet lui tient à cœur et qu'il est très engagé, prêt à risquer sa propre vie pour une action de soutien ou de protection.
L'homophobie est en effet particulièrement redoutable en Ouganda, au point qu'on parle d'un « sport national » ; fortement stimulé par les missions des évangélistes, dont les interventions haineuses et puritaines sont abondantes, il est aussi probablement utilisé par les politiciens pour se faire une notoriété, minimiser ou cacher les difficultés sociales.
Ainsi malgré que ce pays, où les relations sexuelles entre adultes de même sexe sont passibles de quatorze années d'incarcération (au titre d'outrage d'homosexualité), se soit fait épingler par les nations unies pour non-conformité aux droits humains, David Bahati député a déposé un projet de loi visant à durcir la situation.
L'application projetée par cette action, engagée en 2007 déjà, engendrerait selon son auteur des peines de prison à vie ou de sanction létale et il aurait déclaré que cette loi ne permettrait pas l'exécution de tous les gays, que dans un monde parfait ce serait le cas mais que dans une démocratie il faut agir par étapes.
Au cours d'un entretien avec Rachel Maddow, journaliste de télévision américaine, il s'est encore exclamé je ne hais pas les gays, je les aime, mais en même temps je dois protéger nos enfants qui sont recrutés dans cette pratique.
Sur un immense fond d'ignorance l'aversion et la haine sont distillées largement par les politiciens comme par les religieux, mais aussi par certains journalistes.
Le deux octobre 2010, un journal récemment créé par des étudiants diplômés d'université publiait un article intitulé « le top 100 des homos ougandais ».
Sous l'interpellation « Pendez-les, ils en veulent à nos enfants ! », il les accusait de vouloir recruter au moins un million de membres d'ici 2012, dont des étudiants et des enfants des écoles secondaires ou primaires.
Les victimes de cette dénonciation étaient désignées par leur nom, leur profession, leur domicile et parfois leur photo récupérée sur des sites internet. Le journal appelé « Rolling Stone » justifie son action en affirmant qu'il s'agit d'une mission d'intérêt public.
Le jour même de la publication le SMUG, personnalisé par trois des victimes dont David Kato et Kasha Jacqueline Nabagesera, saisit la haute cour de Kampala, capitale d'Ouganda, et obtint une ordonnance provisoire empêchant le tabloïd ou toute édition affiliée de publier l'identité de toute nouvelle personne suspectée d'être gay ou lesbienne.
Giles Muhame, rédacteur en chef de vingt-deux ans, répliqua aussitôt nous publierons d'autres photos, mais de façon diplomatique, pour contourner la loi. On ne les désignera pas comme homos, mais le public saura qui ils sont.
Le premier novembre, le juge Vincent Musoke-Kibuuka prononça l'interdiction de ce journal pour violation de la vie privée, qu'il prolongea lors d'une nouvelle audience le vingt-trois novembre, le rédacteur en chef se révélant incapable de fonder la dénonciation sur quelque élément de preuve.
Pendant cette comparution, le pasteur Solomon Male (son patronyme est-il pour quelque chose dans son homophobie ?) interpella le juge par la question comment les homosexuels, qui violent délibérément la loi, peuvent-ils réclamer un droit à la vie privée ?
Ensuite il accusa la cour de protéger des criminels égoïstes, sans cœur et agressifs.
Enfin le jugement définitif sortira début janvier 2011, interdisant toute publication de noms de prétendus homosexuels, spécifiant que cette sanction était applicable à tous les médias ougandais.
David Kato, victime qui a combattu avec succès ces agressions par la presse avec le SMUG qu'il dirigeait, dut alerter rapidement les autorités à cause de menaces et d'intimidations lui donnant des craintes pour sa vie.
Il sera battu à mort à son domicile le mercredi vingt-six janvier 2011.
Le lendemain Amnesty International, suivi par d'autres ONG défenderesses des droits humains, exhortait le gouvernement ougandais de conduire une enquête « crédible et impartiale », écrivant aussi :
Le silence assourdissant du gouvernement ougandais au sujet des discours discriminatoires à l'égard des personnes LGBT dans le pays est profondément inquiétant. Il est temps, maintenant plus que jamais, pour les autorités de rassurer les Ougandais sur le fait qu'elles les protégeront des menaces et de la violence, quelle que soient leur orientation sexuelle ou leur identité de genre présumées.
Mais il semble bien que les suites de cet homicide se sont enlisées ; quant à Kasha Jacqueline Nabagesera dont l'identité a été citée en même temps que celle du défunt par le délateur, elle a reçu également des menaces de mort.
Auf, qui a subi une dénonciation similaire par le journal Red Pepper, a vécu la destruction de sa vie : il a perdu son emploi, sa maison, sa famille et n'a échappé que miraculeusement à une déchéance certaine et à une mort probable en se réfugiant en France.
Sous le titre Ouganda, au nom de Dieu un documentaire de Dominique Mesmin a suivi son parcours.
Interrogé, il déclare mes amis et ma famille ont été harcelés de questions pour savoir comment ils avaient pu vivre aux côtés d'un homo et pourquoi je l'étais devenu. Ils ne s'inquiètent pas de mon sort. Seule ma grand-mère, qui m'a un temps protégé, le fait.
Kasha Jacqueline Nabagesera qui s'est investie largement dans les communications par la télévision ou la radio, par les communiqués qu'elle diffuse, a rencontré des attaques fréquentes et pas toujours verbales.
Assaillie lors d'un forum social à Nairobi en 2007, elle a dû adopter des mesures pour sa sécurité et change fréquemment de domicile. Gageons que la renommée du prix Martin Ennals aura sa place dans ce dispositif.
04:24 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droits de l'homme, prix martin ennals, kasha jacqueline nabagesera, distinction, lgbt, homosexualité, minorités
02.05.2011
Les enseignements ignorés de l'enseignant !
Les enseignements ignorés de l'enseignant !
Toute la presse s'en est fait l'écho car l'affaire est d'importance : un membre du corps professoral du secondaire est révoqué pour la fin de l'année scolaire.
L'enseignant s'indigne, annonce un recours et déclare que la mesure pourrait être en rapport avec son engagement politique car il est élu au conseil municipal.
Quels sont les faits ? D'abord en 2006, au cours d'un voyage d'étude, il emmène une prostituée dans sa chambre. Il dit « il était deux heures trente, c'était de l'ordre du privé. »
C'était cependant, sans prendre en compte aucun élément de pruderie ni de considération moraliste, une évidente négligence de son devoir de vigilance puisqu'il encadrait un groupe d'élèves partiellement ou complètement mineurs.
Pour s'en défendre il exprime : « mais il y a pire, par exemple quand les élèves me racontent que le professeur accompagnant est bourré ». C'est similaire quant à la négligence et quant à l'exemple mais la faute évoquée d'un autre n'excuse pas celle que l'on commet.
En 2008, il rencontre dans un but sexuel un mineur, dont il dit n'avoir pas identifié un élève sur le site de rencontre familier ; pourtant le rendez-vous est pris à l'intérieur de l'établissement scolaire, pendant les heures d'ouverture mais « pendant une pause de dix minutes à un quart d'heure. C'était dans un couloir de l'établissement. »
Il ajoute « j'aurais pu aller dans un bistrot à cinquante mètres de l'établissement et cela n'aurait plus regardé le conseil d'état. » refusant de comprendre que les relations entre enseignant et élève engendrent une implication de responsabilité.
Il termine : « Alors oui, c'est de l'imprudence. » Non, de l'impudence au moins lorsqu'il confond son domaine professionnel avec un champ de drague !
Car il ne peut nier avoir ensuite connu la qualité d'élève de son interlocuteur et avoir persisté, puisque même il en est arrivé à le menacer d'user de son statut d'enseignant pour le plomber !
Pour justifier son indignation, il ajoute qu'il trouve l'autorité incohérente puisque l'accusation de départ était beaucoup plus lourde et que vingt pour cent seulement en a été retenu : pourtant il n'a pas été empêché de poursuivre normalement son activité au début, alors qu'il est maintenant révoqué.
C'est à l'honneur de l'autorité que d'avoir ainsi respecté la présomption d'innocence, mais les faits retenus montrent assez clairement le peu de considération qu'il a des obligations et des restrictions de la charge d'enseignant, qu'il confirme encore lorsqu'interrogé sur sa culpabilité, il rétorque « coupable de quoi ? ».
Comment dès lors ne pas sanctionner par la révocation cette persistance arrogante ? Il se dit angoissé à l'idée de n'être plus couvert par un statut de fonctionnaire, mais ce statut n'est pas une rente de situation, c'est l'ensemble d'un contrat de travail qui se rompt lorsque les conditions cadre n'en sont pas remplies, à plus forte raison lorsque l'on en a abusé.
Car il est bien difficile de ne pas considérer les pressions exercées comme une contrainte dont le but n'est pas clair. Ce n'est pas seulement un contexte malsain de relation inadéquate mais l'utilisation d'un pouvoir de fait à une fin incorrecte.
Le syndicat des enseignants s'est déclaré choqué, l'association des parents d'élèves en a fait autant et il a été appelé à assumer.
Son parti l'a désavoué et a réclamé sa démission, qu'il a concédée « pour qu'on ne confonde pas les casquettes », avec le courage habituel d'un parti politique, plus opportuniste que solidaire.
Couronnement du scandale vingt minutes publie un dialogue qu'il aurait eu avec...vingt minutes s'annonçant garçon de quinze ans, à la recherche d'une première expérience.
Bien que cette démarche du journal attire peu de sympathie tant elle cherche profit de la transgression, elle démontre cependant l'absence de réserve et de limite d'une attitude outrecuidante, d'un homme prêt à consommer sans égards.
Avec plus d'humilité et de discrétion, peut-être eut-il sauvé son mandat politique et préservé sa renommée ; la conséquence de ses actes est aujourd'hui dans un grand retentissement qui risque d'être gravement préjudiciable, mais il est à la source de ce poids.
Comme avec chaque confrontation d'un manquement impliquant les mœurs, il reste à souhaiter qu'aucun revers puritain n'en sera la conséquence car c'est en s'appuyant sur de semblables faits que l'on justifie souvent les régressions.
12:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cycle d'orientation, corps enseignant, secondaire, révocation, sanction, moeurs
29.04.2011
Dictature anti-automobile !!!
Dictature anti-automobile !!!
Depuis un temps certain, la mode et la tendance sont peu favorables à l'automobile, lui préférant les transports collectifs ou d'autres moyens de déplacement.
De la préférence au monopole, la distance n'est hélas pas toujours déterminante lorsque les esprits s'échauffent et que la tolérance, donnée précieuse et malheureusement rare, s'étiole parce qu'elle reste dénuée d'agressivité.
Quant à la valeur de l'agressivité, chacun en restera juge sans oublier que la diversité n'est pas gagnée par la force et que l'éclectisme n'est certes pas le fait des dictatures.
Ainsi donc lisons-nous ces jours dans un quotidien romand les commentaires d'une étude zurichoise servant de base à l'affirmation que « téléphoner avec un kit main libre rend tout autant inattentif ».
Dans ce texte « le bureau de prévention des accidents a depuis longtemps choisi son camp. Pour lui, le téléphone devrait être totalement interdit, tout comme les GPS. »
Une liste de gestes d'inattention accompagne l'article, parmi lesquels certains sont évidents tandis que d'autres...fumer, allumer une cigarette, régler la ventilation ou la climatisation, éternuer, bailler, tousser.
Veut-on interdire d'éternuer ? C'est hélas généralement involontaire et irrépressible en général.
Si l'on écrit que l'interdiction d'utilisation du main-libre n'est pas à l'ordre du jour il ne faut cependant pas se tromper sur l'orientation de ces successions d'études, d'examens et de publications : au nom de la sécurité, c'est une justification d'empêchement, voire d'interdiction du véhicule privé qui se profile !
En effet dès lors que l'on soutient que l'utilisation du téléphone main libre distrait trop l'attention d'un conducteur, on peut aussi conclure qu'une conversation avec les passager est incompatible avec la conduite, de même que l'accompagnement musical et, comme mentionné, fumer, régler la ventilation, se laisser guider par le GPS ou toute autre donnée fonctionnelle non indispensable à la conduite.
Dans la même ligne la conduite devrait alors être interdite à toute personne enrhumée ou souffrant de toux, puisque son attention ne peut qu'être diminuée par son état, au même titre encore qu'à toute personne affaiblie à quelque titre que ce soit, par exemple par l'âge mais aussi par un handicap aussi faible soit-il, si l'on considère que l'attention peut en être diminuée et la capacité de réaction réduite.
La pression vers une réglementation alcool 0.00, la détermination à restreindre toute liberté d'attitudes, de mouvements ou de disponibilité des conducteurs, les contraintes contre toute forme non réglementée de conduite comme de parcage ou même d'attente vont dans un même sens outrancier.
La tendance qui se dessine est bien de faire de la maitrise d'un véhicule une fonction professionnelle et de proscrire la manipulation des automobiles par les particuliers : ainsi resteraient seulement les transports collectifs ou ceux des privilégiés assez fortunés pour payer un professionnel à cette seule occupation ou pour n'avoir eux-mêmes aucune autre activité.
De quoi, certes, résoudre les difficultés de trafic mais à quel prix : c'est une démarche totalement liberticide dont le caractère, s'il est éventuellement d'un petit intérêt écologique en diminuant la quantité d'hydrocarbure consommée et les productions de gaz carbonique, n'est pas d'une honnêteté démocratique très évidente.
Une pareille violence technocratique attente aux droits du citoyen par la disproportion de l'exclusivité donnée à la fonction de conduite, comme si la maitrise de la conduite automobile devait être considérée avec une telle gravité que des individus, habilités à cette seule fonction, auront l'obligation d'y consacrer l'entièreté de leur existence.
Le prochain slogan sécuritaire pourrait ainsi bien être « vivre ou conduire, il faut choisir ! » puisque toute autre chose semble incompatible avec la conduite, qui exclurait la possibilité de converser, d'écouter la radio et même seulement d'inspirer : oui mais alors comment respirer ?
Le ridicule n'a jamais tué mais la persistance dans cette forme est certainement diabolique ; elle n'est empreinte en tous les cas ni d'humanité, ni de relativité mais seulement d'une exigence d'absolu qui n'est pas même à l'échelle de la vie.
05:25 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : conduite, automobile, téléphone, main-libre, gps, liberté, tolérance
26.04.2011
Pierre Claver Mbonimpa, prix Henry-Dunant.
Pierre Claver Mbonimpa, prix Henry-Dunant.
Le cinq avril 2011, en la salle Alabama de l'Hôtel-de-Ville de Genève, a été remis le prix de la fondation Henry-Dunant, reconnaissant en Pierre Claver Mbonimpa un défenseur émérite des idées émises par l'auteur éponyme.
Le retentissement dans notre localité est resté limité et c'est regrettable car l'action du lauréat est loin d'être sans intérêt, si cependant de sa personne on ne sait presque rien.
Détenu du treize décembre 1994 au treize décembre 1996 dans son pays, le Burundi, pendant une période trouble et pour avoir déplu, il découvre des conditions effarantes de promiscuité, d'insalubrité des cellules mais aussi de traitements dégradants, de tortures et autres conditions inhumaines, ainsi que des incarcérations et des condamnations arbitraires.
Ancien inspecteur du commerce extérieur, il ne cherchera pas à reprendre son activité mais s'attellera dès sa sortie de prison à l'association pour la défense des droits des prisonniers, qu'il réalise avec le concours de deux codétenus.
Dès 2003, l'association deviendra l'actuelle Association pour la PROtection des Droits Humains APRODH : parce que les droits humains sont bafoués même pour les citoyens qui sont hors des prisons.
Je voulais ainsi porter secours aux victimes de violences sexuelles et fournir une assistance juridique aux nombreux burundais accusés injustement de divers délits, déclare-t-il.
Lorsque, en août 2010, le communiqué a informé que « le prix Henry-Dunant - terrain vient d'être octroyé à Pierre Claver Mbonimpa, président de l'association pour la défense des droits de l'homme et des personnes détenues (APRODH), une organisation burundaise, pour ses accomplissements exceptionnels dans le domaine des droits des prisonniers au Burundi », il a réagi :
C'est un sentiment d'une immense joie, de satisfaction. Cela donne du courage à beaucoup travailler parce que nous constatons que ce que nous faisons est apprécié non seulement par les Burundais mais aussi par les étrangers.
Il a alors considéré que son organisation était distinguée à cause des visites de terrain, dans des lieux de garde à vue et à l'intérieur des établissements carcéraux. Il a ajouté :
Quand nous rendons visite à tous ces gens, nous essayons de faire le suivi de leurs doléances.
Si, dans un premier temps, Henry Dunant s'était attaché d'abord au contexte des combattants c'est bien dans le même sens qu'il entendait agir pour les protéger, cherchant à faire reconnaitre la neutralité des blessés, qui n'étaient plus des ennemis dès lors qu'ils ne pouvaient plus combattre.
Cette vision, écartée par Gustave Moynier dans sa conception pragmatique, n'aurait sans doute pas été tolérée par les belligérants ni à l'époque, ni aujourd'hui tant la haine s'accroit dans les confrontations, mais l'idéal en est cependant tellement bon qu'il n'est plus vraiment humain.
L'orientation du médaillé est manifestement comparable aussi lorsqu'il milite pour les droits de l'homme ou réclame haut et fort une justice sans iniquité ni impunité.
La tâche est ardue dans un pays dont les structures sociales ne sont pas encore très fortes et dont la politique est largement marquée par la guerre des pouvoirs et la course au pouvoir.
Cette action de défense des prisonniers est évidemment une démarche qui dérange le pouvoir établi et l'appareil existant, dans ce qui est licite mais négligé, et dans ce qui ne l'est pas mais sert les intérêts des compétiteurs du pouvoir local ou central.
Rien d'étonnant donc à rencontrer des adversités et des objections de toutes sortes, avec des méthodes diverses qui ne sont ni toujours ouvertes, ni souvent honnêtes.
Aussi faut-il se préparer à lutter pour sa propre survie et pour celle de son œuvre, apprendre à se protéger par des actions de groupes, des lobbyings, des publications ou des pétitions.
C'est une trace de cette lutte que l'on trouve en 2007, lorsqu'il reçoit une convocation du Parquet Général de la République dont il n'identifie nullement le contexte, n'ayant pas d'instance ouverte : pour se protéger d'actions occultes, il s'empresse de communiquer et de faire publier ce document.
La documentation disponible ne fournit rien des suites de cet incident mais le rapport de l'APRODH dresse un bilan bien lourd de l'année 2007 : mauvaises conditions carcérales, tortures, violences sexuelles, exactions diverses et violations continuelles des droits humains.
En septembre 2008, c'est une autorité communale qui se déchaine en accusations multiples contre cette association qui, affirme-t-elle, intervient dans les dossiers des détenus et les fait libérer avant que les enquêtes ne soient terminées.
Pierre Claver Mbonimpa rappellera les conditions dans lesquelles ont lieux les visites des prisons : en compagnie d'un magistrat et du procureur de la circonscription. Il arrive que ce dernier relâche certains détenus dès lors qu'il constate qu'ils ont été abusivement mis au noir. (sic)
Un autre axe des mouvements de Pierre Claver Mbonimpa, qui pourrait comprendre une autoprotection, est aussi de réclamer justice : pour feu Ernest Manirumva, vice-président de l'observatoire pour la lutte contre la corruption et les malversations économiques OLUCOME, par exemple, assassiné dans des circonstances impliquant des véhicules de la police et des militaires.
Mais aussi de réclamer la bonne administration de la justice et non l'action de citoyens justiciers car septante-cinq Burundais au moins ont été exécutés par des foules en colère en 2009, soupçonnés d'infractions allant du larcin au meurtre, en passant pas la sorcellerie.
L'implication et même la complicité des autorités sont évoquées dans cette justice populaire qui viole gravement les droits humains et reste impunie.
La protection des prisonniers malades est encore un aspect qui recèle quelques difficultés car il faut se battre contre des pratiques inacceptables, telles par exemple que de maintenir menottés les détenus hospitalisés sous le prétexte de les empêcher de s'évader, mais sans doute d'avantage pour s'occuper d'affaires privées plutôt que d'assurer des services de garde.
Si le début de l'année 2010 semble avoir été prometteur selon les déclarations de Pierre Claver Mbonimpa, la circonstance des élections communales, qui ont été boycottées par des partis d'opposition, a conduit à une recrudescence manifeste d'actions arbitraires et de violations des droits humains et individuels.
Ainsi l'APRODH s'indigne en juillet d'une chasse systématique des membres des partis d'opposition par la police et de leurs arrestations le plus souvent arbitraires dans la mesure où les opérations se sont souvent faites sans aucun mandat d'arrêt.
Lorsque des corps retrouvés dans une rivière et dans le lac Tanganyika sont identifiés comme appartenant à des personnes précédemment détenues par la police, Pierre Claver Mbonimpa met en cause les autorités et évoque des exécutions extrajudiciaires.
Le vingt octobre, au cours d'une conférence de presse, la police l'accuse de défendre les seuls opposants au régime en place. Elle confirme pourtant que les six corps retrouvés peuvent être parmi les personnes arrêtées par elle vers seize heures le deux octobre, puis relâchées vers dix-huit heures faute d'éléments à leur charge.
Puis au cours d'une rencontre organisée le même jour par le ministre de l'intérieur, ce dernier indiqua envisager de suspendre l'agrément de l'APRODH.
Une contre-offensive sera menée par l'Organisation Mondiale Contre la Torture le cinq novembre, appelant à écrire aux autorités burundaises une demande structurée à une liste d'adresses ainsi qu'aux représentations diplomatiques dans les pays respectifs.
Relayée par d'autres institutions, cette requête a sans doute atteint son objectif puisque l'APRODH perdure et reste présidée par Pierre Claver Mbonimpa.
Le sort de l'action entreprise dans la recherche de la vérité du décès des défunts du lac est cependant incertain puisque, répondant à une déclaration de la ministre de la justice burundaise informant que la commission enquêtant sur les cas d'exécutions extrajudiciaires des membres d'opposition avait seulement manqué de dix millions de francs burundais (CHF 7210.00 € 5589.00) , le président de l'APRODH a affirmé que son association était prête à payer cette somme le vingt-quatre décembre 2010.
Assurément la besogne de Pierre Claver Mbonimpa n'est ni simple, ni légère et il met à l'empoigner beaucoup de zèle et de conviction : espérons que sa récente distinction, qui n'est pas la première, permettra d'asseoir un peu plus sa position dans la structure sociale de son pays.
02:59 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droits de l'homme, prisonniers, justice, afrique, burundi, mbonimpa
25.04.2011
Le scrutin en ligne : tellement plus simple !
Le scrutin en ligne : tellement plus simple !
Pour les prochaines votations du quinze mai, tout le canton pourra enfin s'exprimer par la voie électronique : c'est la première fois que l'ensemble du corps électoral cantonal accède à ce moyen non obligatoire.
Une grande attention est apportée à la sécurité du mode électoral, sur lequel des sceptiques gardent encore des réserves, mettant en avant que la garantie ne pourra jamais être assurée à cent pour cent.
Cependant, les transactions bancaires utilisent déjà largement cette voie avec une grande satisfaction ; les mouvements par cartes de crédits, qui font l'objet de tant de fraudes et de manipulations, utilisent de plus en plus cette voie de vérification et de transmission, avec une sécurisation bien meilleure que par d'autres moyens.
Cette modalité, qui jouit d'une simultanéité, permet en effet de multiples contrôles de conformité et d'identification ; c'est pourquoi nombre d'actions et d'engagements passent de préférence par cette communication.
Cependant aucune manière n'est totalement garantie et il n'y a pas d'innovation à souligner que la première source d'erreurs est l'intervention humaine dans le déroulement systématique : le dépouillement des derniers bulletins en a rappelé la réalité que ni l'histoire, ni les statistiques d'accidents ou d'incidents ne viendront démentir.
La sûreté du comptage comme sa rapidité auront d'ailleurs vite fait la démonstration des avantages spécifiques de cette méthode sur l'action humaine et manuelle, aussi exercés à ce travail que soient les praticiens.
Un petit côté ludique apporté par la pratique apportera peut-être aussi une nouvelle attractivité aux électeurs nouveaux ou démotivés : espérons alors qu'ils auront assez de curiosité pour approfondir leurs informations.
C'est la facilité, la rationalité et la praticité qui néanmoins engendrent le plus d'attrait, sans compter l'économie de matières et de frais du mode opératoire.
Mais il faut reconnaitre que l'ensemble de la pratique s'applique bien au contexte fonctionnel d'un pays dont la culture démocratique est bien établie, car la mauvaise foi ou l'incrédulité trouveraient trop de mauvais arguments dans l'aspect intangible des transmissions électroniques.
Réjouissons-nous donc de bénéficier de cet acquis, que les citoyens de notre contrée ont conquis, consolidé et valorisé avant nous et que nous nous devons d'honorer et de préserver.
03:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : votations, scrutin, électronique, web, internet
23.04.2011
Opportunisme, objectifs et directives !
Opportunisme, objectifs et directives !
A la fin d'une campagne électorale, comment ne pas avoir encore en mémoire les paroles des discours, les textes des affiches ou les comptes rendus des journaux sur les candidatures et les candidat(e)s, les engagements ou les programmes, les alliances ou les accords, homogènes ou non, convergents ou divergents des uns (unes) et des autres.
Comment ne pas rester aussi dans l'expectative quant à l'action qu'entreprendra l'un ou l'autre, quant à la collégialité qu'ils sauront trouver ensemble ou dont ils seront défaillants, pour biaiser leur mandat et se faire des crocs-en-jambe, ou parfois même des bassesses indignes.
Les premières déclarations de certains, provocations peut-être, donnent une piètre idée de leur volonté constructive quand bien même, majoritaires dans l'exécutif ils sont minoritaires au législatif, leur quatre cinquièmes ne sont pas unitaires et restent représentatifs de trois groupes distincts.
L'arrogance n'est pas de mise plus pour les uns que pour les autres dans ce contexte ou chacun devra négocier, faute de majorité, et défendre chaque action et chaque projet devant une assemblée dissemblable et probablement turbulente, car il ne faut pas imaginer une tranquillité des élus nouvellement introduits.
Promesse d'un exercice persévérant de négociations auquel, jusqu'ici, un seul magistrat était habitué mais auquel les autres seront bien contraints de se faire, devant le conseil municipal qui n'assurera plus une majorité automatique à aucun d'entre eux.
La législature s'annonce intéressante mais le pari est incertain : construction solidement élaborée pas à pas, valse d'hésitations ou bourbier d'incompréhensions, que sera-t-elle ?
11:12 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections, politique, conseil administratif, mairie
18.04.2011
Les ambitions stupides !
Les ambitions stupides !
Les élections au conseil municipal de la ville de Genève, sans être un raz de marée ni un désaveu cinglant, ont marqué la fin d'une longue période de majorité des partis de gauche.
Les grands bénéficiaires cependant de la nouvelle répartition des sièges ne sont pas les partis bourgeois traditionnels mais bien les partis populistes, soit l'union démocratique du centre et le mouvement citoyen genevois.
Le scrutin nominal a promu en tête Pierre Maudet, qui a reçu 8846 voix, devant Sandrine Salerno soutenue par 8574 électeurs.
En regard des proportions de votes, la conquête d'un second, voire d'un troisième siège de l'exécutif par les candidatures des partis bourgeois n'était pas exclue, à condition que les candidats soient proposés dans une forme consensuelle et bénéficient d'un report de voix efficace des électeurs.
Une bonne concertation des partis en lice, la concentration sur des prétendants acceptables par la majorité de la population et en petit nombre, un soutien fort des partis à ces postulants auraient été des attitudes propres à gagner.
Mais il faut compter avec les arrivismes personnels, l'orgueil ou l'immodestie des individus et la préférence de certains groupes à créer les perturbations plutôt que de devoir endosser de réelles responsabilités.
Eludant donc une unité d'attitudes et de recommandations, les partis susceptibles de présenter des personnalités crédibles se sont dispersés dans des alliances divergentes.
Dans cette division, tandis qu'une liste apportait son soutien à trois aspirants dont un sortant, une personnalité s'associait séparément à un quatrième larron issu d'un parti populiste, créant d'emblée une indésirable confusion.
L'autre clan populiste avançait deux profils, additionnant ainsi trois improbables compétiteurs aux deux novices qui venaient appuyer l'unique magistrat sortant du camp bourgeois.
Des dix noms présentés ainsi au choix des électeurs, les quatre soutenus par les partis de gauche ont donc été élus sans peine tandis que, parmi la foire d'empoigne des joueurs de coudes, le magistrat sortant seul sera confirmé, avec le plus mauvais score de tous les élus.
La double alliance calviniste n'aura donc pas servi sa praticienne, première pourtant des viennent-ensuite, la division ne laissant régner que ceux qui demeurent en bon ordre compact.
Nonobstant la minorité proportionnelle au législatif la gauche multiple place donc quatre cinquièmes du gouvernement urbain, tandis que l'ensemble des autres, fort de sa multiple arrogance de six postulats, ne donne accès qu'à un seul magistrat qui, de mieux élu au législatif, devient le plus petit résultat des vainqueurs.
Stratégie honteuse donc des partis et des prétendants qui n'aboutit qu'au maigre maintien d'une présence forcément symbolique au gouvernement tant elle est minoritaire : heureusement que l'activité et la cohérence de l'édile compense un peu son isolement.
12:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections, prétentions, bourgeois, stupides, élus, conseil administratif, ville de genève
11.04.2011
Comptes et mécomptes !
Comptes et mécomptes !
Avant même qu'il n'existe une première loi sur l'assurance maladie obligatoire, lorsque les caisses maladies, alors sans encadrement fédéral ni subventions, fonctionnaient sur le simple principe de garantie mutuelle, les tarifications ont été établies sur une base différenciée par canton.
Cette sectorisation n'était pas liée à une pratique différente des assurés ni à une notoire meilleure ou moins bonne santé des habitants de quelque canton, mais à la grande modification de la prise en charge politique de la santé d'un état à l'autre et même, à certains endroits, d'une commune à l'autre.
La position des gouvernements cantonaux était particulièrement différente en effet selon les moyens économiques, mais aussi en fonction des données religieuses, mentales et morales de l'électorat et les déterminations plus ou moins favorables à la prise en charge sanitaire et sociale.
Localement, certaines communes favorisaient leurs ressortissants par la mise à disposition de dispensaires à des conditions économiques particulièrement avantageuses.
Les soins hospitaliers surtout étaient facturés d'une manière très différente aux patients selon leur canton de domicile, et même aux ressortissants par rapport aux autres habitants.
Les hôpitaux universitaires en particulier ont induit une importante dissemblance, à cause de leur rôle d'école de médecine mais aussi par leur pôle de recherche scientifique entraînant des coûts et des résultats fondamentalement autres, qu'il fallait prendre en compte d'une autre manière.
Ainsi parce que le coût des soins et principalement des conséquences d'une hospitalisation était trop fortement variable pour les habitants de l'un ou de l'autre canton, dans des tarifications s'appliquant séparément selon que l'on était domicilié dans le canton de l'établissement hospitalier ou dans une autre partie de la confédération, ou encore en dehors de la Suisse, le calcul du risque d'assurance par canton s'est d'emblée imposé, par devant toute différence statistique liée à la population.
Tandis que d'autres différences entre les citoyens assurés, comme la différence de prime selon l'âge d'entrée, ont été immolées sur l'autel de la solidarité, le calcul des primes par canton a été maintenu prétendument pour garder un lien entre la consommation de soins et le coût pour l'assuré.
Néanmoins il semble que la crainte de levées de boucliers au détriment de notre fédéralisme « solidaire » ait pesé bien plus lourdement dans ce choix que la volonté de conscientiser les frais, ce que la franchise et la participation proportionnelle font bien mieux qu'une prime mensuelle, invariable quels que soient les coûts des soins consommés.
Cette même crainte aujourd'hui fonde la décision prise récemment, mais encore inopérante, de compenser le trop-perçu au détriment des assurés de certains cantons, dont Vaud et Genève mais aussi le plus grand canton de Zurich, qui devraient bénéficier de rétrocessions à concurrence de moins de la moitié des réserves constituées en excès à leur détriment.
Car la part qui revient aux assurés, prélevée par une opaque et abusive budgétisation que les caisses maladie ont faite en manipulant les résultats précédents, servait à permettre des primes plus douces dans d'autres cantons, lesquels devront donc simultanément être pénalisés d'une surtaxe compensatoire.
Aussi le département veut-il ménager les susceptibilités et modérer l'effet de la décision qu'il est aujourd'hui dans l'obligation de prendre, puisque les cantons se sont portés au secours de leurs assurés pour exiger la correction de ces anomalies.
C'est donc une demi-mesure qu'il se propose de mettre en place, non seulement parce que le « remboursement » envisagé sous la forme d'une répercussion accentuée du retour de la taxe environnementale qui réduit légèrement les primes des assurés, respectivement la suppression de cette remise dans les cantons précédemment bénéficiaires, se ferait sur six années sans rétribution du capital, mais aussi parce qu'il ne représenterait qu'un peu moins de la moitié du montant cumulé.
Au regard de la solidarité, c'est inacceptable parce que les victimes de cette opération versaient aussi les plus fortes primes de la Suisse pendant ces années d'excès, tandis que les bénéficiaires restaient dans la marge avantageuse des barèmes.
Ainsi les privilégiés ont reçu des cadeaux et il serait question de leur en laisser une partie, au détriment des déshérités qui resteraient frustrés dans leurs droits : solidarité très orientée !
Eu égard à l'équité par ailleurs, la proposition est réellement dérisoire car le système adopté prétend répercuter les habitudes consuméristes dans le but de les réguler : comment discréditer plus un système modérateur qu'en le violant de la sorte, en le marquant par l'accent contraire à sa réalité ?
Et un franc n'est-il pas un franc, enfin ?!
Quel dommage aussi que l'absence d'un organisme efficace de défense des assurés laisse si peu de pression directe et un grand vide d'action percutante des électeurs : ce sont ici les gouvernements cantonaux qui ont mené le mouvement et qui restent en charge de le suivre.
Selon les premières réactions connues, la proposition a été estimée très insuffisante et les chefs des départements concernés paraissent peu disposés à s'en satisfaire : espérons qu'ils persisteront avec insistance et succès, mais appuyons les aussi de tous nos moyens car le précédent n'est pas tolérable.
22:13 Publié dans Confédération | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lamal, réserves, caisses maladie, primes, remboursement, taxe environnementale, cantons, assurés
Meurtrissures africaines !
Meurtrissures africaines !
La première tare des sociétés humaines, celle qui occasionne les plus grands excès, et pas seulement ceux que l'on appelle exaction, crime de guerre ou crime contre l'humanité, c'est certainement la course au pouvoir.
Course d'ambitions dans le premier temps où tous les coups sont permis, pourvu qu'ils ne laissent pas de mauvaises traces, coups bas de l'arène économique et politique, voire diplomatique, irrespect des engagements et démagogie ou utilisation de véritables spectacles en guise de conquête.
Cependant si, dans une démocratie, la séduction se doit de jouer un grand rôle à côté du jeu des alliances, car la dimension rend vite déterminants les appareils en place sauf dans les petites communes, c'est aussi parfois plus musclé lorsque l'armée est dominante ou que de démocratie, il n'y a que le nom.
Ainsi avons-nous de temps à autre des épisodes inattendus dans le déroulement bien ordonné par nos institutions, comme le changement de parti d'un conseiller d'état lorsqu'il a épuisé le nombre de mandats accepté par le sien (cf. Christian Grobet), ou la réaction des chambres fédérales qui sanctionnent un conseiller trop peu collégial en ignorant les candidatures de son parti (cf. Christoph Blocher).
Néanmoins, il n'y a là que le fonctionnement d'une action publique dans l'appareil politique et le respect tant institutionnel qu'humain n'est pas violé : ce sont les mésaventures normales des confrontations de personnes, de groupes de personnes et de clans politiques constitués.
Deux aspects sont déterminants de ce déroulement conforme et de la bonne application des conséquences électives engendrées par les mises en cause d'une autorité précédemment établie : l'équilibre des institutions et une culture démocratique bien ancrée.
A défaut de ces deux éléments, l'électorat reste l'otage des instruments du pouvoir comme dans les pays à parti unique ou, pire encore, la population est assujettie par les instruments de contrainte que sont l'armée et la police, dans des compositions parfois alambiquées.
D'autre part certains pays sont habillés d'un système électoral démocratique sans que leur administration se développe dans ce sens, ni que l'instruction ou la culture soit apprêtée à la démocratie.
Le continent africain contient une grande diversité politique et des modèles variés, dont la volonté populaire n'est pas toujours l'élément principal.
Le degré de scolarisation, d'instruction, d'éducation démocratique et même d'alphabétisation y reste très inégal comme la sensibilité à la démagogie : à un éminent professeur de l'institut des hautes études internationales, j'emprunterai cette phrase que le monde arabe est malade de la rhétorique.
Au passage, j'en viens à me demander si ce mal n'est pas contagieux en constatant l'accroissement du succès des tribuns populistes.
Mais les précédents ne manquent pas dans cet espace continental de dénégation des droits du peuple, non seulement dans la gouvernance des états mais encore dans la pratique civile ou administrative en général.
Il en va souvent de même des constitutions, lorsqu'elles existent, parce que les institutions ne sont le plus souvent ni fortes, ni contraignantes et restent soumises au pouvoir, plus qu'elles ne l'encadrent ou le déterminent.
L'insoumission à la constitution du pouvoir installé détenu par Laurent Gbagbo était depuis longtemps tellement flagrant qu'élu pour cinq ans, il n'aura accepté de convoquer de nouvelles élections qu'après dix ans, sous de fortes pressions internationales.
Rien d'étonnant donc à son refus de reconnaître le succès de son rival et les résultats électoraux malgré l'existence d'un contrôle international de la conformité du scrutin et de sa légitimité.
Pas plus que sa méthode n'est surprenante de faire déclarer par un organe à sa solde qu'il est vainqueur, malgré l'existence d'une commission électorale sous l'observation des spécialistes adéquats.
Son insistance obtuse est à la mesure de sa volonté de pouvoir car il y a pris goût et surtout, il en a maintenant l'habitude ; de plus le temps ne lui a pas manqué pour préparer les moyens de sa résistance, même si un embargo sur l'armement consécutif à une guerre civile a limité sa capacité belliqueuse.
Croyant encore à sa possibilité de vaincre, il n'a donc pas hésité à induire une nouvelle guerre civile que son concurrent, craignant l'érosion d'une situation délétère et la déliquescence de l'état sans véritable conduite, aura ouverte pour concrétiser une investiture différée.
Déjà plusieurs milliers, peut-être même plusieurs dizaines de milliers de morts s'accumulent consécutivement à cet acharnement à tenir encore un pouvoir, que l'électorat lui a enlevé.
C'est que depuis presque deux décennies la course au pouvoir a conduit à de nombreuses manipulations, dans lesquelles le débat de l'ivoirité a ouvert des iniquités ethniques et suscité des rancœurs, beaucoup de frustrations, d'animosités voire de haines.
Aussi la distribution rapide et sans contrôle d'armes de guerre par le résistant et peut-être aussi par l'élu ne pouvaient manquer, au-delà de servir leurs desseins, de laisser s'exprimer la force des rivalités populaires et raciales précédemment excitées pour valider des positions infondées.
Car les uns ont été conquis en excipant de la supériorité de leur privilège ou de leur valeur ethnique dans une conception raciste interethnique, les autres ont été stigmatisés par la frustration de leur droit, voire de leur reconnaissance nationale, au seul profit de la consolidation du pouvoir.
La haine ainsi distillée depuis nombre d'années a été débridée par l'éclatement du conflit, mais aussi par la remise d'armes en permettant l'explosion, créant certainement les exactions que l'on cite récemment.
Plus au nord les pays du Maghreb nous paraissent plus familiers et moins agités mais ils sont cependant dans une grande effervescence.
Lorsqu'excédé par trop de corruption et une trop grande injustice, un jeune tunisien désespéré s'est immolé devant une préfecture, initiant une série de martyrs et des réactions populaires fortes, le scandale était moins étonnant que la vitesse de propagation d'une révolte qui couvait depuis longtemps sans s'extérioriser.
Les réveils engendrés par le succès de ce soulèvement plébéien n'ont pas achevés leurs effets mais deux dominations déjà sont tombées sous la montée des revendications de masse, entraînant des remaniements importants après la chute du despote.
En Lybie où le pouvoir fut particulièrement lourd et l'administration peu structurée et dépourvue d'indépendance, la contestation prit rapidement une forme d'affrontement.
Lorsque l'autocrate envoie des milices, des mercenaires et les comités révolutionnaires pour réprimer les revendications, le soulèvement prend une véritable forme de révolte armée, une partie des militaires rejoignant d'ailleurs les insurgés.
La décision du dictateur d'engager l'aviation et l'artillerie contre la population provoquera, au-delà de réprobations multiples de tous horizons politiques, une intense activité diplomatique puis la décision d'intervention par des frappes aériennes, dans l'application d'une décision du conseil de sécurité des nations unies.
A coup d'armes lourdes, d'artillerie, de blindés et d'autres explosifs les rebelles, qui ont constitué leur structure organisationnelle au feu de l'action, affrontent les forces de toutes natures regroupées sous les ordres de l'arrogant colonel et de son clan, avançant ou reculant ici ou là selon les moments.
Ce champ de bataille est lui aussi jonché de victimes et les uns sont évacués par bateau ou soignés dans les structures sanitaires en utilisation, tandis que les autres doivent être rapidement ensevelis.
Ces luttes plus ou moins fratricides, drainant leur lot de hargnes et de vindicte, ouvertes pour un temps encore imprécis, libèrent des instruments et des pratiques de guerre sur un territoire marqué encore par bien des rivalités de clans, de traditions et de pouvoirs mais encore de propriété.
Que deviendront ensuite ces équipements et ces groupes familiarisés au conflit armé lorsque, devenus superflus là où ils se trouvent, ils se verront débauchés, à louer pour d'autres ou à céder au plus offrant ?
Iront-ils semer quelque nouvelle détresse plus à l'intérieur des terres, augmenter la masse des orphelins, des déshérités et des déplacés par quelque nouvelle action de combats au profit d'un nouveau pouvoir prétendant ?
Avant que ses plaies ne se cicatrisent, l'Afrique pourrait en subir d'autres encore.
03:29 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, guerre, armes, conflits, lybie, côte d'ivoire, gbagbo, khadaffi
07.04.2011
Promenade à travers les arguments 2
Promenade à travers les arguments :
Ville de Genève, les candidatures à la mairie.
Le premier candidat de cette seconde partie est le dernier sortant et le mieux élu au législatif, Pierre Maudet dont les ambitions, à en croire la presse, déborderaient jusqu'au palais fédéral.
Visant les « bénéfices » des budgets de la ville, il parle de diminuer la part fiscale et d'investir le reste dans les besoins prioritaires sans aucune précision.
Au paragraphe de la sécurité, son affirmation que restaurer le climat de sécurité passe par la poursuite de l'effort de propreté de l'espace public est une belle mise en valeur de son jardin mais aussi une excellente affirmation sur l'ambiance : un espace propre et net donne une sensation de sécurité.
Reste la sécurité réelle pour laquelle il reprend sa volonté d'engagement de cent nouveaux gardes municipaux en quatre ans.
A la compétence cantonale, il renvoie la question du logement en soutenant la mixité sociale. Est-ce électoral, seul il parle aussi de constructions pour les hauts revenus.
Pour la culture il confirme son appui aux partenariats public privés et des différents niveaux politiques : c'est bien vu, il surfe sur la vague en plus parce que c'est au goût du moment.
La valorisation qu'il préconise de la dimension économique de la culture n'est pas sans intérêt et mériterait un meilleur développement.
L'aspect social est abordé très globalement mais les points précis sont bien ciblés : la ville doit agir, dit-il, en parfaite complémentarité avec l'état, c'est très juste en théorie mais peut aussi entraîner une soumission de l'une à l'autre.
La mobilité n'est abordée que sous l'angle des places de parc où il soutien le compromis de remplacement des places perdues en surface par des places en sous-sol.
Vision pragmatique un peu incisive, claire et concise bien que peu détaillée.
C'était le dernier des sortants, les quatre restants comme trois des cinq précédents n'ayant aucune expérience de l'exécutif.
Florence Kraft-Babel soutient le remboursement de la dette et l'allègement de la fiscalité avec l'excédent budgétaire et l'ouverture de partenariats pour les nouveaux investissements ; mais le partenariat n'est pas possible pour tous les engagements.
La vision sécuritaire est marquée par le plan d'éclairage public et la volonté de prévention à engager en collaboration avec le canton.
Densifier et surélever en respectant la mixité est sa réponse au logement.
La valorisation du patrimoine culturel et de l'offre comme argument touristique est son idée mais elle propose aussi une start-up de trois ans pour encourager les nouveaux projets : à part les mots, voilà une idée peu compréhensible, que veut-elle suggérer ?
Son action sociale prend en compte l'encouragement des jeunes talents mais ignore les autres besoins : n'est-ce pas au reste plutôt d'un autre secteur ?
Pour la mobilité, elle parle de trouver des solutions pragmatiques : enfin car le pragmatisme était bien défaillant dans sa ligne, mais à part le terme rien n'est concret, sauf son soutien à la traversée de la rade.
Eric Bertinat présenté par l'UDC ouvre son expression économique par une formule confuse : réduire les charges pour augmenter les investissements. C'est peut-être une déclaration d'intention mais comment ?
Objectif : un budget 2015 stabilisé à un milliard en continuant à rembourser la dette, et une réduction d'un ou deux centimes additionnels.
Accédant à la sécurité il déclare « pas de force citoyenne bidon » mais que vise-t-il ? Personne ne parle de constituer des brigades volontaires de sécurité que je sache !
Pour lui les agents de police municipale doivent faire partie de la gendarmerie et être armés, mais rester des brigades municipales.
Il aime les expressions toutes faites puisqu'il déclare que « la ville est pleine comme un œuf » quant au logement, affirmant que des dizaines de milliers de confédérés ont quitté la localité pour être remplacés par bien plus d'étrangers : il devrait citer ses sources !
C'est surtout une ouverture pour son cheval de bataille, il faut maîtriser l'immigration en fonction des logements libres. Simpliste mais bref.
Selon lui, la ville a vingt ans de retard dans ses investissements culturels et sportifs, elle doit investir 500 millions d'ici 2015, mais ne peut supporter seule tout le poids et doit redéfinir les parts canton-ville.
Au chapitre social il mêle un peu tout, du mode de garde des enfants aux ainés en passant par le soutien aux associations culturelles et sportives et termine par le refus de l'aide aux mendiants et autres escrocs du bonneteau : désordonné et populiste.
Pour la mobilité c'est une traversée sous-lacustre de la rade et la traversée par bacs qu'il veut soutenir : innovant peut-être mais d'une rapidité discutable.
Soli Pardo affirme que les récents bonis sont scandaleux et que la ville ne doit pas détrousser les contribuables pour « gaver de subventions la clientèle de la gauche ».
L'ordre affirme-t-il doit être rétabli, alors dehors pour les mendiants et les contrevenants, cent gardes en plus et valorisation de la fonction.
Pour le logement « il faut construire » mais la part concrète est de surélever au plus vite ce qui peut l'être du domaine de la ville.
La politique culturelle manque selon lui comme la cohérence et il faut restaurer la culture de qualité (laquelle ?). Il propose de faire noter les manifestations par le public.
En matière sociale il propose de supprimer immédiatement toute prestation aux non-résidents (lesquels ? car la ville n'intervient pas, en principe, en dehors de son territoire) et aux personnes en situation irrégulière.
En matière de mobilité il cite uniquement la rade et veut construire une traversée urbaine pour offrir des quais et un pont du Mont-Blanc piétonniers : est-ce bien raisonnable ?
Carlos Medeiros, colistier du précédent, débute sa vision économique par le coût d'une sortie au cinéma pour une famille, pour crier à la menace du pouvoir d'achat et affirmer qu'il faut baisser les impôts.
Il faut redéfinir selon lui les priorités, arrêter d'embêter les automobilistes et s'attaquer aux vrais délinquants, ce qu'il concentre dans un cri : Genève d'abord, dealers et mendiants dehors !
Il propose de consacrer un milliard au logement, mais où le prend-il ?
Puis il veut sortir d'une culture élitiste qui exclut les personnes des milieux populaires et les communautés étrangères (tiens, il ne veut pas les mettre dehors ?).
Socialement il défend l'aide aux résidents...
Sa proposition pour le trafic est de restreindre le trafic frontalier par le système pair-impair : peu pragmatique, parfaitement sectaire et populiste puisqu'il faut imposer aux autres la solution.
En terminant ce tour d'horizon des candidatures au conseil administratif de la ville, où sont en lice dix proposants pour cinq sièges, des groupements apparaissent par l'attitude, la présentation ou les priorités.
Certains se montrent sous une doctrine très présente, comme Rémy Pagani qui fait passer des messages de parti plus qu'il n'argumente, Sandrine Salerno éternellement militante avant d'être pragmatique ou Esther Alder, qui semble cependant faire une plaidoirie pour les exclus et les déshérités plus que pour l'écologie.
D'autres paraissent encore peu initiés, comme s'ils ne connaissaient pas les dossiers, tels Sami Kanaan qui est vague partout, Florence Kraft-Babel qui ébauche tout sans rien définir et, dans une moindre mesure, Michel Chevrolet qui montre des idées mais reste extérieur aux dossiers, peut-être volontairement.
D'autres encore sont manifestement habillés de leurs arguments sans que ceux-ci ne révèlent une doctrine comme Bertinat, Pardo et Medeiros qui sont tellement populistes et démagogues qu'il n'est pas possible de trouver une ligne ni un programme mais seulement des cris, le premier cri ou le cri de ralliement est « dehors » et ce sera peut-être aussi leur dernier soupir.
Le plus clair, le plus pragmatique aussi est manifestement Pierre Maudet dont les arguments sont porteurs et dont on ressent l'envie de trouver plus de développement.
Ni partisan, ni doctrinaire, ni démagogue il pourrait bien soutenir les ambitions qui lui sont prêtées car il donne une réponse qui maîtrise la clairvoyance et l'opportunité tout en gardant ses objectifs en point de mire.
11:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, élections, conseil administratif, candidats
05.04.2011
Promenade à travers les arguments 1
Promenade à travers les arguments :
Ville de Genève, les candidatures à la mairie.
C'était avant le débat mais c'est aussi après, une sorte de tableau synoptique des idées défendues par les uns et les autres s'est étendue sur la double page de la Tribune.
Une petite balade de curiosité n'est pas sans intérêt je crois, ni pour faire ressortir les éléments saillants des prétendants, ni pour y trouver quelque élément humain caractéristique de chacun ou un peu d'humour.
De gauche à droite donc, parce que c'est ainsi qu'ils sont présentés non seulement sur la page mais encore sur l'échiquier politique, Rémy Pagani ouvre l'énumération en déclarant que Genève devient un « Monaco-sur-Léman » (cherchons le casino au bord du lac)7 et s'élevant contre les cadeaux aux riches, sans dévoiler aucun élément de son programme en matière de finances.
Pour la sécurité, il mise sur la convivialité et le lien social avec des agents municipaux non-armés pour aider à la prévention : peut-être un peu d'angélisme, quand-même, après les slogans !
Plus engagé sur le logement, après une diatribe sur la croissance déséquilibrée et les abus de loyers il déclare clairement « je bâtirai 3600 nouveaux logements d'ici à 2020 » (non ? tout seul ?), c'est au moins une déclaration d'intention mais sans programme.
La même absence de structure règne dans sa vision culturelle qui tient à une énumération de ce qu'il entend défendre, mais comment ?
Pour pallier à « l'insécurité sociale » notre édile revendique des entreprises mandatées par la ville la signature de conventions collectives avec salaire à 4000.00 fr. par mois (plus facile dans le bâtiment que dans la vente, l'hôtellerie ou le nettoyage). On sait que ce chiffre est une lutte de son parti.
Son engagement veut favoriser une mobilité plus douce et combattre les hausses des tarifs TPG, tout en soutenant une amélioration du réseau ; il se déclare aussi favorable à la mise à disposition des habitants des parkings souterrains existant mais sans préciser desquels il veut parler et il ajoute opportunément qu'il faut sortir du nucléaire.
N'avait-il pas en cours un projet d'ascenseur à vélocipèdes ? N'est-ce pas assez porteur pour figurer ?
A sa droite directe sourit toutes dents dehors Sandrine Salerno qui marque sa position d'emblée : Engager un travail de conviction... certainement parce qu'elle est femme de conviction et qu'elle veut combattre toute baisse d'impôt.
Comme son prédécesseur, elle veut surtout lutter contre les cadeaux fiscaux aux plus fortunés, un peu de populisme ne nuit pas.
Si elle soutient le développement de la présence d'agents municipaux, elle évince en revanche la vidéosurveillance avec l'affirmation : la vidéo n'a jamais sauvé une vie, la présence humaine oui.
Engager Superman alors ?
Pour le logement, dans lequel elle s'est déjà profilée, elle veut « proposer la création d'un front uni qui force le parlement cantonal à agir contre la spéculation immobilière ».
Le lobbying est dans sa pratique et elle nous l'avait déjà montré récemment par ses déclarations contre le nucléaire mais un objectif ou une proposition concrète serait peut-être mieux comprise : quelle est l'attente ou l'exigence qu'elle manifeste ?
Pour la culture, elle veut diversifier et parle de nommer un « maire de la nuit » (pense-t-elle à Michel Chevrolet ?) pour assurer la communication entre noctambules et politiques, ainsi que de repenser la muséographie de nos institutions.
De ses idées en matière de mobilité, l'encouragement de l'utilisation des transports publics par une tarification plus attractive et l'intention d'ouvrir un partenariat avec Mobility ressortent, après le désir de sécuriser les déplacements par des pistes cyclables et des zones piétonnes.
Sami Kanaan dont le nom évoque une page biblique semble un peu perdu dans les vagues des théories : augmenter l'enveloppe, augmenter les effectifs, doubler l'enveloppe....
C'est qu'il n'est pas encore baptisé au feu de l'exécutif, sans doute, mais il est le premier à évoquer le petit commerce auquel il faut mettre à disposition des arcades à prix abordables.
Gilbert Albert aussi commença avec une petite arcade !
Cœur généreux, il pense à augmenter le nombre d'ateliers et de logements pour les artistes.
Empruntée peut-être à l'Etat, il propose l'idée d'un guichet unique dans les maisons de quartier pour les activités para- périscolaires : pratique mais il y faudra du personnel et des horaires.
Sous l'étiquette verte, Esther Alder est certainement la plus baba cool et la plus sociale de tous mais au détriment du pragmatisme.
Rembourser la dette, c'est bien s'écrie-t-elle mais investissons d'abord contre l'exclusion sociale (s'ensuit l'énumération partisane).
Pour la sécurité, c'est le travail du canton, ne transformons pas les travailleurs sociaux en policier et réciproquement (mais qui veut faire des travailleurs sociaux avec les policiers si peu nombreux ?)
C'est la seule à réclamer des logements d'urgence pour les exclus, comme elle est seule à avancer dans son programme la lutte contre l'exclusion : c'est peut-être moins porteur mais plus significatif.
Elle est la première, mais non la seule, à évoquer la mixité sociale dans le logement : la gauche est-elle trop doctrinaire ?
Parce qu'elle a parlé de sujets sociaux dès le chapitre des finances, le paragraphe social donne l'impression de déjà vu. Pourtant sa présentation est constructive.
Lutter contre la marginalisation et la pauvreté écrit-elle, c'est un investissement social et économique prioritaire.
Incontestablement sa fibre sociale est forte, c'est une véritable assistante !
Puis vient la mine réjouie qui saute devant nos yeux à chaque passage de tram, visage rond et jovial de Michel Chevrolet au front bien frisé.
De la suppression des doublons entre la ville et l'état (rationalisation ou redistribution des délégations ?) il escompte des économies, dont le profit reviendrait aux contribuables ; c'est juste un peu vague.
Contrairement à Sandrine Salerno qui réfute la télésurveillance, il veut installer des caméras dans les endroits « chauds », bannir les zones de non-droit et réunir les polices municipales et cantonales en un seul corps.
Cette tendance existe dans d'autres cantons et n'est pas sans fondement ni sans attrait, mais faut-il les fusionner ou les grouper ?
Enfin réintroduire une police de proximité et de « vrais » moyens d'interventions.
Les affirmations sont belles mais si peu explicites !
Les allusions appuyées de certains sur sa proximité des milieux immobiliers font attendre au logement des positions caractérisées : son programme est d'inventorier en commun avec les privés les espaces constructibles et les immeubles permettant des surélévations pour établir un chantier commun de réalisation.
N'est-ce pas assez dans la ligne de Mark Muller ?
Construisons et combattons ensemble la spéculation écrit-il, oui mais comment ?
Son évocation culturelle porte sur les grandes institutions à soutenir en associant le canton et les communes et en développant le partenariat public privé.
Oh, c'est qu'il est rassembleur et fédérateur !
Encore maintenir l'offre en visant à satisfaire les attentes d'un public diversifié et soutenir la culture alternative.
Mais n'a-t-il pas montré de l'intérêt pour une réalisation culturelle sous l'autoroute de la Praille ?
Déclaration d'intentions plus que programme, son regard sur l'assistance sociale n'est pas remarquable même s'il est pavé des bonnes.
Quant à la mobilité il soutient la diversité et le compromis de Zurich, le projet du parking de Rive et la future traversée du lac.
C'est hélas encore le monstre du Loch Ness ! (Chacun en parle et tout le monde le cherche au bord de l'eau, mais personne ne le rencontre)
00:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mairie, genève, politique, candidats, profils
23.03.2011
Taïaut sur le catalogue des prestations !
Taïaut sur le catalogue des prestations !
Certes, l'annonce de la suppression de remboursement d'une aumône, en participation aux frais de lunettes ou de lentilles, pouvait servir d'incitation aux pressions les moins solidaires, donc les plus égoïstes portées par les plus nantis ou les moins lésés.
Ce petit geste en direction d'une restriction des prestations, c'est-à-dire de la couverture de l'assurance de base obligatoire et sans réserve, ouvrait forcément la voie à de multiples revendications de dégagements des charges de la lamal au profit des assurances complémentaires.
Quoique la seule justification du mot profit soit ici la référence au cadre légal contractuel d'un but lucratif, qui préside la LCA (loi sur le contrat d'assurance) et donc les complémentaires, qui permet d'assainir les finances en excluant tous les mauvais risques et de créer d'emblée une séparation entre les bien portants, qui pourront contracter, et les souffreteux qui resteront jetés.
Car c'est bien la réalité dont il faut rester conscient, que les risques extraits de l'assurance de base pour être redistribués aux couvertures complémentaires ne pourront être couverts que par ceux qui en auront les moyens et ne seront pas encore concernés par lesdits au moment de contracter.
Pour les autres, ils seront totalement rejetés de ce privilège et devront subir leurs atteintes de santé sans pouvoir les soigner ni les guérir, sauf s'ils sont en mesure de financer eux-mêmes les soins nécessaires ou si la mendicité leur accorde une aide.
Maintes suggestions de révocations des couvertures obligatoires sont maintenant proposées par les élus de l'UDC, qui tirent en premier sur l'institution.
Dans les nouvelles requêtes vient celle de ne plus couvrir les mesures préventives que sont les mammographies : l'idée est pour le moins douteuse car la démonstration d'une sérieuse économie liée au dépistage précoce est déjà faite ; au reste l'affaiblissement de l'incitation au contrôle régulier ne ferait que dégrader la condition sanitaire des femmes d'âge moyen, surtout lorsque leur budget est restreint.
Sans vouloir en rien peindre le diable sur la muraille, la rentabilité de la mesure préconisée parait particulièrement douteuse car à l'augmentation des charges de soins tardifs pourraient s'ajouter, hélas, celles des veufs et des orphelins. Au dommage économique, les dégâts moraux et mentaux s'additionneront dans un bilan social qui risque d'être bien effrayant.
L'idée de sortir les cas bagatelle ou de les mettre en franchise n'est pas nouvelle mais se heurte à une autre réalité des salariés, qui ont besoin d'un certificat médical pour valider leur absence, pour incapacité ou pour risque de contamination.
Cette nécessité fera obstacle à la suggestion de requérir du pharmacien ou du droguiste le conseil nécessité par ces petites atteintes mais cependant le problème diagnostique pourrait aussi créer une difficulté : le praticien non-médecin a-t-il la compétence requise et acceptera-t-il la responsabilité, au risque de se voir ensuite assigner en justice ?
L'automédication ou le recours à des ouvrages de référence pourrait éluder la question de la responsabilité, mais non le risque de mauvaise appréciation.
Une attaque directe des praticiens âgés est quelque peu surprenante, bien que la citation d'une insuffisance de connaissance des « nouveautés » puisse trouver un certain écho.
Néanmoins les efforts de formation permanente sont assez inégaux et parfois les anciens sont particulièrement au fait des plus récentes découvertes et possibilités.
Mais la proposition de ne plus rembourser les prestations octroyées par des praticiens de plus de septante ans reste intrigante venant d'un parti essentiellement conservateur : serait-il infiltré par de jeunes médecins ambitieux ?
En tout état de cause, il ne semble pas y avoir une grande quantité de médecins concernés.
Une autre proposition est plus ambiguë, celle de ne plus rembourser les avortements sous l'argument que la grossesse n'est pas une maladie (c'est cependant une dépense de santé !) et que, lorsque les femmes tombent enceinte sans le désirer, elles sont responsables de cette situation.
Cette dernière argutie néglige totalement l'existence de ce qu'il convient d'appeler un risque partagé car, aujourd'hui surtout, l'utilisation de moyens contraceptifs préventifs est recommandable, d'autant que seul le préservatif protège aussi des contaminations.
L'argument de considérer que l'avortement ne doit pas être facilité, pour mieux inciter à utiliser des moyens préventifs seuls assurés d'une innocuité, pourrait être mieux retenue mais le risque qu'une personne, n'ayant pas l'argent nécessaire au bon moment, soit empêchée de recourir à l'interruption volontaire de grossesse est inacceptable.
Car un nouveau-né ne doit être ni une conséquence, ni une punition et tout doit être fait pour que chaque enfant reçoive l'accueil du meilleur bonheur de ses parents, parce qu'il est désiré et aimé par les siens.
D'autres propositions vont encore éclore dans l'hémicycle et au cours des palabres liés aux conditions économiques de la santé, mais il faut espérer que l'on n'oublie pas de respecter la dignité et l'intégrité des patients, de tous les assurés à commencer par les plus démunis, parce qu'ils sont indigents ou parce qu'ils sont atteints dans leur santé.
Car toute exclusion des soins nécessaires est une offense grave aux droits humains qui, avant tous les autres, stigmatisera gravement les plus pauvres et les plus faibles.
Reprenant cette citation de Lilianne Maury-Pasquier sous prétexte de responsabiliser le patient, on le punit en réalité, ouvrons les yeux pour constater que le résultat des restrictions est pire encore : contesté dans son droit aux soins le patient est exclu par sa santé défaillante, tandis que par son impossibilité à bénéficier d'une prise en charge c'est sa faiblesse naturelle qui le condamne.
Les diminutions ou exclusions de soins ne feront jamais qu'accentuer les injustices naturelles et fustiger injustement ceux qui en sont déjà victimes.
04:06 Publié dans Philosophie sociale et droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : assurance maladie, lamal, prestations, santé, dignité, intégrité
22.03.2011
La peur, l'opportunisme et la politique !
La peur, l'opportunisme et la politique !
Irraisonnée comme l'arachnophobie, comme elle spectaculaire par ses manifestations débordantes et bruyantes, l'angoisse des irradiations a brusquement submergé l'actualité objective et subjective.
Au-delà des faits graves et d'une maitrise difficile, qui adviennent à la suite d'un tremblement de terre dont la magnitude était particulièrement ample, en dehors des conséquences sinistres et alarmantes aux installations de production électrique nippones, la remise en examen de l'ensemble des centres nucléaires en exercice est une émergence logique des évènements.
De chaque incident ou accident sortent en effet des enseignements comme il en est depuis longtemps des accidents du travail, des plus anodins aux plus sérieux, afin de prévenir lesdits et d'en restreindre les suites négatives lorsque survient néanmoins l'inévitable.
Une nouvelle inspection des conditions et modalités de l'ensemble des structures nucléaires dans l'état, dans l'aménagement et dans l'exploitation ne pouvait donc manquer de se faire et l'annonce, assez prématurée puisque les données de Fukushima sont encore incomplètes et mal connues, est aussi de nature à apaiser les inquiétudes.
Pionnière dans cette expression, la chancelière Angela Merkel répliquait à une forte mouvance anti-nucléaire allemande, dans une nation qui comporte de nombreuses centrales atomiques.
Que Doris Leuthard lui emboite le pas répond à la même logique de pondération par une publication rapide des intentions.
Alors que certains lancent de tonitruants cocoricos pour que chacun entende la gloire qu'ils ressentent de voir la fracture d'un équipement honni dont ils dénonçaient l'insécurité, une magistrate de la ville fait entendre un appel à la ligue.
Sandrine Salerno s'érige donc en porte-drapeau d'un lobby des villes pour exercer une pression sur l'autorité fédérale, compétente en la matière, avec comme objectif l'éradication du nucléaire.
Interrogée quant à la récupération politique de l'actualité en période électorale, elle rétorque qu'il serait petit et mesquin de le penser mais il n'est cependant ni grand, ni méritoire de le faire : c'est s'assurer une visibilité et se faire entendre opportunément.
Peut-être aussi faut-il croire à une action de couple concertée dans laquelle chacun pourra tirer les marrons du feu de son côté, en s'assurant une notoriété dont le bénéfice n'est pas insignifiant auprès de l'électorat.
Cependant une exclusion rapide du mode de production d'énergie cité n'est pas assortie d'une garantie d'innocuité, cette détermination a un coût qu'il faudrait mesurer dans toutes ses implications, avant de prétendre réaliser cette sortie d'une technologie qui fait peut-être peur mais est pourtant gérable.
Un quotidien romand qui répercutait la quête de Madame Salerno publiait, quelques pages plus loin, un entretien avec un ancien physicien nucléaire qui prônait, pour évincer la production atomique, un changement complet de nos modes de vie.
Dans cette nouvelle existence, chacun de nous travaillerait deux jours par semaine seulement ; ne pensez pas cependant aux congés payés, il s'agit bien d'une décroissance et d'une réduction à deux cinquièmes des salaires et du pouvoir d'achat.
Cette vision réaliste est pourtant beaucoup plus facile à regarder de son confortable fauteuil de retraité (il a septante-sept ans), que de la position d'une ménagère qui remplit son panier dans les limites de son budget.
Car la division n'implique pas les mêmes contraintes lorsque le montant de départ est élevé, que lorsque les fins de mois sont éternellement critiques et, si l'un passerait d'un mode de vie prodigue à une condition d'existence modérée, l'autre se verrait réduit à une telle carence que le minimum vital lui ferait défaut.
Ainsi convient-il peut-être de considérer de manière pragmatique la gestion des risques et leur réalité, car prétendre intégrer aux conditions de sécurité des conjectures dont la probabilité confine à l'absurde plus encore qu'à l'impossible serait totalement insensé.
La prise en compte du risque sismique, même majoré, ne peut avoir une base que dans une réalité locale et vouloir appliquer à Mühleberg les mesures des secousses telluriques japonaises ou californiennes aurait autant de sens que de vouloir édicter des conditions de sécurité fondées sur les conditions martiennes.
Retenir par contre les déroulements pour améliorer les structures de nos installations et prendre ainsi une plus grande marge de réaction relève de la prévention, au même titre que lorsque l'observation des conditions d'accidents conduit à fabriquer de nouvelles protections, à la manière par exemple de l'adaptation des doubles portes de nos ascenseurs.
Cette démarche rationnelle peut aussi se conjuguer avec une conception de développement d'autres techniques de production, dont la mise en œuvre nécessite du temps.
Hormis l'ouverture de grands champs d'ébats et de débats pour la politique anti-nucléaire, la peur égoïste aura aussi occulté presque entièrement l'actualité dramatique que vivent de nombreux japonais, non parce que leurs centrales sont cassées, mais surtout parce que leurs bâtiments, routes et structures sont détruits et que le tsunami a emporté nombre d'entre eux et rejetés les corps noyés de leurs proches.
Conséquences des mêmes évènements, ces séquelles sont moins technologiques et moins volatiles, mais néanmoins profondément humaines et méritent une plus grande place dans nos préoccupations.
03:34 Publié dans Organisation sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nucléaire, peur, panique, équilibre, quotité, proportionnalité, risques, bluff, énergie



